Contre l’obsolescence programmée de Windows 10, une procession funéraire devant le siège de Microsoft France
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Plusieurs associations et mouvements de la société civile se sont rassemblés devant le siège de Microsoft ce vendredi 24 avril, jour du dépassement en France. Ils dénoncent la fin des mises à jour du logiciel Windows 10 prévu le 14 octobre 2026, qui condamne à obsolescence 300 millions d’appareils électroniques dans le monde.

Une vingtaine de personnes, la plupart vêtues de noir, s’avancent la mine sombre devant le siège de Microsoft, à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine). Arrivée devant l’entrée qui mène à l’immense bâtiment, la procession s’arrête, et les quatre porteurs habillés aux couleurs de la multinationale informatique déposent un cercueil orné de fleurs, sur lequel on peut lire l’inscription suivante : 300 millions d’ordis.
L’action a été organisée par les mouvements citoyens de mobilisation sur le dérèglement climatique Alternatiba et ANV COP21 (Action non-Violente COP21), Zero Waste France, association militante contre le gaspillage, Que Choisir Ensemble (ex UFC-Que choisir), association de consommateurs, Halte à l’Obsolescence Programmée (HOP), qui milite pour allonger la durée de vie des appareils électroniques, et l’April, association de promotion et de défense du logiciel libre s’y sont jointes.
300 millions d’ordinateurs inutilisables à partir du 14 octobre
La maîtresse de cérémonie, visage fermé, annonce la triste nouvelle : « Nous sommes réunis en ce jour du dépassement français pour dénoncer la condamnation prématurée de plus de 300 millions d’ordinateurs, pour cause de mise à jour incompatible, imposée par Microsoft ».
300 millions, ce sera le nombre d’ordinateurs inutilisables lorsque Microsoft actera l’arrêt des mises à jour de Windows 10, prévu pour le 14 octobre 2026. L’arrêt interviendra dans six mois, mais la date de la cérémonie n’a pas été choisie au hasard : ce 24 avril 2026 est le jour du dépassement français, c’est-à-dire le jour où l’on a consommé plus de ressources naturelles que ce que la planète est capable de régénérer en un an.
Une sorte de crédit écologique. À l’échelle de la planète, le jour du dépassement en 2025 a eu lieu le 24 juillet. La France fait donc office de mauvaise élève. Les États-Unis, pour qui la date fatidique est intervenue le 14 mars, encore plus.
La mise en scène d’enterrement a été poussée jusqu’au bout. Une fois le cortège à l’arrêt, les porte-paroles des différentes associations se relaient pour une oraison funèbre à la mémoire de Windows 10. « En poussant au remplacement de machines qui fonctionnent encore, Microsoft nous oblige à surconsommer inutilement des ressources naturelles », débute Aurore David, porte-parole d’Alternatiba.
Le sacrifice de ces 300 millions d’ordinateurs représente en effet 58 millions de tonnes de CO2 rejetés dans l’atmosphère, d’après le mouvement écologiste. Soit un an et quatre mois de chauffage des foyers français.
Une énorme quantité de matières premières vont être gaspillées
Les images pleuvent pour illustrer l’ampleur des dégâts. Noémie Brouillard, porte-parole de Zero Waste France, rappelle que « 800 kilos de matières premières sont nécessaires pour la fabrication d’un ordinateur », et que ces 300 millions d’appareils représentent l’équivalent de « 26 000 tours Eiffel de matières premières qui vont être gaspillées ».
De fait, rendre inutilisable un si grand nombre d’appareils implique l’extraction d’une énorme quantité de ressources naturelles pour en produire de nouveaux… et augmenter encore les 126 milliards de dollars de bénéfices engrangés en 2025 par Microsoft.
Ce gaspillage, en plus d’être un gouffre écologique, l’est aussi pour le portefeuille des consommateurs. Pour Frithjof Michaelsen, porte-parole de Que Choisir Ensemble, « Microsoft a choisi d’enterrer le portefeuille des Français, forcés de racheter un ordinateur qui pourtant fonctionne parfaitement ».
Les utilisateurs se retrouvent face à un dilemme perdant-perdant : continuer d’utiliser un ordinateur fonctionnel, mais dont l’arrêt des mises à jour expose à de graves failles sécuritaires (piratages, fraudes financières…), ou dépenser en moyenne 600 euros pour acheter un nouvel appareil. Une décision d’autant plus difficile que « Tout le monde ne peut pas se permettre de dépenser autant pour renouveler une machine qui fonctionne encore », rappelle Aurore David.
Le passage au logiciel libre pour s’affranchir des contraintes
Tout n’est pas perdu pour autant, et les militants tentent de voir certains motifs d’espoir. Étienne Gonnu est salarié et porte-parole de l’association April, qui promeut le logiciel libre : « des logiciels qui ont à cœur de préserver la liberté des personnes qui l’utilisent ».
Il voit dans la fin de Windows 10 une opportunité pour inviter à prendre conscience des enjeux et passer au logiciel libre. La différence avec les logiciels comme Microsoft réside dans la licence d’utilisation. « Quand on achète du Microsoft, on paye une licence, un droit d’usage. Les licences des logiciels libres, qu’on appelle licences libres, garantissent une liberté d’usage, de modification et de repartage du logiciel, ce qui permet de garantir leur pérennité. Personne ne peut décider d’imposer une mise à jour », résume-t-il.
Il invite d’ailleurs à ne pas jeter son ordinateur pour en acheter un nouveau, mais à changer de système d’exploitation. Pour cela, son association a lancé une initiative « Adieu Windows, bonjour le libre », qui cartographie les « Install party » : des événements où l’on vient avec son ordinateur pour se faire aider à installer un nouveau logiciel et à le prendre en main. « Ça demande certes toujours un effort, car il faut revoir ses usages mais c’est souvent beaucoup plus simple qu’on ne le pense », assure-t-il.
Alternatiba et ANV COP21 ont adressé il y a dix jours une lettre ouverte à Microsoft, restée sans réponse, pour exiger le prolongement au moins jusqu’à 2030 des mises à jour de Windows 10. « L’année dernière, Microsoft a reculé d’un an, les mises à jour devaient s’arrêter le 14 octobre 2025, donc ils peuvent faire le choix de repousser, pour l’intérêt commun », espère Aurore David.
Source : humanite.fr
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Mais enfin c’est du gros n’importe quoi… Les ordinateurs sous Windows 10 ne font en aucun cas s’arrêter de fonctionner ou devenir “inutilisables” le 14 octobre. Ils vont juste cesser de recevoir des nouvelles mises à jour.
Les utilisateurs n’ont pas plus à les mettre à jour que s’ils étaient sous Linux. Ils n’auront juste plus de correctifs. Comme Linux si on ne le met pas à jour.
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Mais enfin c’est du gros n’importe quoi… Les ordinateurs sous Windows 10 ne font en aucun cas s’arrêter de fonctionner ou devenir “inutilisables” le 14 octobre. Ils vont juste cesser de recevoir des nouvelles mises à jour.
Les utilisateurs n’ont pas plus à les mettre à jour que s’ils étaient sous Linux. Ils n’auront juste plus de correctifs. Comme Linux si on ne le met pas à jour.
@7cf148fd J’en connais même beaucoup qui ne reçoivent plus les mises à jour depuis l’année passée, mais est-ce qu’une entreprise va courir le risque de continuer comme ça ?
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Je pense que tu ne te rends pas compte à l’échelle d’une entreprise de ce que ça peut représenter de changer de Windows.
J’ai vécu une migration de version de 2e niveau chez Paribas c’est un truc hallucinant. Il faut pouvoir faire tous les tests de non régression avec tous les logiciels officiellement utilisé par la banque avant de pouvoir valider une nouvelle version. Quand au déploiement c’est un sacré bordel aussi.
Si tu peux mettre ça avec un changement de Windows ou l’interface est légèrement différente là en plus tu vas rajouter toutes les questions des utilisateurs et ils sont des milliers…
C’est juste un taf de malade
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Je pense que tu ne te rends pas compte à l’échelle d’une entreprise de ce que ça peut représenter de changer de Windows.
J’ai vécu une migration de version de 2e niveau chez Paribas c’est un truc hallucinant. Il faut pouvoir faire tous les tests de non régression avec tous les logiciels officiellement utilisé par la banque avant de pouvoir valider une nouvelle version. Quand au déploiement c’est un sacré bordel aussi.
Si tu peux mettre ça avec un changement de Windows ou l’interface est légèrement différente là en plus tu vas rajouter toutes les questions des utilisateurs et ils sont des milliers…
C’est juste un taf de malade
@Mister158 Si c’est pour se faire rançonner 2 mois après la fin des mises à jour, déjà que ça peut très bien arriver n’importe quand…
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Ce que je trouve aberrant dans cette histoire, c’est la quais obligation, en fait, de changer d’OS ou (dans le cas de mon taf) changer de pc (car ceux que j’ai au boulot ne sont pas équipés pour migrer vers W11, bien évidemment) non pas pour l’arrêt des mises à jour (RAF de ça) mais c’est surtout que les logiciels utilisés au niveau professionnel commencent à demander de passer sous W11 pour recevoir leurs mises à jour (problèmes de compatibilité annoncés. Comprends pas pourquoi). C’est le cas de notre logiciel de compta notamment (d’autant quez nous sommes en connexion directe avec notre cabinet comptable). Du coup, j’ai dû acheter 2 nouveaux micro pc… Ce n’était pas nécessairement budgété et surtout, je pensais que ça ne toucherait pas la partie logiciels.
Bref, je suis complètement sidéré par la décision de Microsoft et de ce qu’elle implique. -
Il n’ya pas que Microsoft, on a Apple et surtout Google qui joue à ce jeu.
On a des smartphones coincés avec une version Android antérieure et qui ne peut plus recevoir de mise à jour d’une appli comme Youtube, WhatsApp and co.
Si t’es pas calé sur la chose pour débloquer le bootloader et y foutre un cfw, tu seras comdamné juste mettre ton smartphone en mode à l’ancienne en mode appel. -
Les grandes entreprises qui en ont les moyens comme celles du système bancaire entre autre, peuvent continuer à recevoir des mises à jour de sécurité après octobre 2025, mais à un prix très cher, via le programme ESU (Extended Security Updates), disponible jusqu’en 2028, qui couvre les correctifs de sécurité critiques.
Le hic : il est facturé par appareil, avec un tarif qui double chaque année pour pousser à la migration. C’est une solution réservée à ceux qui ont les moyens comme dit plus haut, tandis que les particuliers et petites structures se retrouvent face à un choix impossible : migrer vers Windows 11 (qui exige un matériel récent), payer, ou se passer de mises à jour.
C’est exactement pour ça qu’Alternatiba et ANV COP21 demandent une extension gratuite et universelle, pas une rustine commerciale.
Passer à Linux paraît être la solution évidente, mais c’est loin d’être si simple. Migrer des millions de machines vers Linux demande des compétences techniques que la plupart des utilisateurs et sysadmin n’ont pas et engendre un cout humain important. Ensuite, de nombreux logiciels professionnels, spécifiques, métiers et grand public n’ont aucun équivalent Linux, ou alors leur équivalent nécessite une courbe d’apprentissage importante.
Et ça ne règle pas le fond du problème : si des millions d’utilisateurs et administrateurs sys peu expérimentés basculent vers Linux sans accompagnement, on risque juste de créer une nouvelle vague de machines mal configurées et vulnérables autant que sous Windows.
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