Depuis qu’YggTorrent a décidé de mettre le paquet sur la monétisation et les restrictions, ça bouge pas mal du côté de la scène warez française. De nouveaux trackers sortent du bois, portés par des communautés qui en ont marre de voir l’esprit du partage se faire grignoter petit à petit.
Dans le lot, C411 a retenu mon attention. Pas juste parce qu’ils sortent d’une phase de tests en staging et qu’ils s’apprêtent à ouvrir au public, mais surtout pour leur vision à long terme qui sort vraiment du lot.
Parce que C411, c’est pas juste un clone d’Ygg de plus. L’équipe derrière a un plan bien plus fou : reprendre ce qui marchait sur T411, virer tout ce qui les fait chier, et préparer tranquillement une migration vers IPFS et la décentralisation complète. Ouais, rien que ça. Un sacré défi technique porté par une équipe de passionnés qui refuse catégoriquement la monétisation abusive.
Cela m’a donné l’envie de contacter Kilian qui porte la voix du projet, et de m’essayer à ce type d’interview écrite. Kilian a accepté sans hésiter de répondre à mes questions. Genèse du site, choix techniques, comment ils comptent payer les serveurs, leur vision du P2P français, et évidemment ces fameuses “phases” dont il parle sur le blog de C411, qui doivent mener le tracker vers l’autonomie totale.
Résultat : une interview fleuve où il ne se cache derrière rien, répond cash à tout, et communique une passion qui fait vraiment plaisir à voir.
Bonne lecture !
Genèse et motivations
Peux-tu nous raconter comment est né le projet C411 ? Quel a été l’élément déclencheur qui vous a poussés, toi et ton équipe, à vous lancer dans cette aventure ?
Honnêtement, il n’y a pas eu un seul élément déclencheur. C’est plutôt une accumulation. Ça mûrissait depuis des années dans nos têtes respectives. On voyait tous la direction que prenait Ygg — la monétisation croissante, le mode boost, les pratiques qui s’éloignaient de plus en plus de l’esprit originel de T411.
Et puis à un moment, on s’est regardés et on s’est dit : “Bon, on arrête d’en parler et on le fait.” On avait les compétences techniques, on avait l’envie, on avait suffisamment de ras-le-bol. Le reste, c’est quatre jours de dev intensif et beaucoup de café. 
Tu mentionnes dans un billet d’annonce, avoir “traversé suffisamment d’époques” pour avoir vu internet naître. Comment ton expérience passée influence-t-elle la vision que tu as pour C411 ?
Quand tu as connu internet avant qu’il ne devienne cette machine commerciale qu’il est aujourd’hui, tu sais ce qu’on a perdu. J’ai connu l’époque où le partage était la norme, où les communautés se construisaient sur la passion et l’entraide, pas sur les modèles freemium.
Cette expérience m’a appris deux choses : d’abord, que les belles choses prennent du temps et demandent de la patience. Ensuite, que la technologie n’est qu’un outil — ce qui compte vraiment, c’est l’esprit communautaire qu’on insuffle dedans. C’est pour ça qu’on ne se précipite pas. On veut faire les choses bien, pas vite.
Pourquoi avoir choisi de reproduire une sorte de formule « T411 » si je peux m’exprimer ainsi, plutôt que de partir sur quelque chose de radicalement différent dès le départ ?
Parce que cette formule fonctionne. Le système de ratio, la pending, la qualité des contenus qui en découle — c’est éprouvé. T411 avait trouvé le bon équilibre, et Ygg l’a reproduit (avant de le dénaturer, à mon sens).
On n’est pas là pour réinventer la roue sur tout. On prend ce qui marche, on vire ce qui nous déplaît (la monétisation abusive, l’enfermement), et on y ajoute notre vision : une migration progressive vers quelque chose de décentralisé, de vraiment libre.
Partir sûr du 100% décentralisé dès le départ, c’est le meilleur moyen de n’avoir personne. Les gens ont besoin de repères, d’habitudes. On les accompagne doucement vers autre chose.
Aspects techniques et phases futures
Peux-tu nous donner un aperçu de la stack technique utilisée actuellement pour C411 ? Quels langages, frameworks et technologies avez-vous choisis pour le site et le tracker ?
Je ne vais pas rentrer dans tous les détails pour des raisons évidentes de sécurité, mais je peux donner les grandes lignes. On est sur une stack moderne, éprouvée, avec des technos qu’on maîtrise parfaitement. Backend robuste capable de tenir la charge, base de données optimisée pour les requêtes massives, tracker custom.
Ce qui compte, c’est qu’on a fait des choix pragmatiques. Pas de technos hype pour le plaisir d’être hype. Du solide, du testé, du maintenable. On préfère le boring technology qui tourne qu’un truc brillant qui explose en prod.
Le moment lorsqu’on se sentira prêt, on ouvrira peut-être le code en open source, mais pas avant d’avoir acquis une certaine notoriété pour éviter les mauvaises surprises.
Comment avez-vous architecturé le système pour qu’il soit capable de “monter en charge et d’accueillir des centaines de milliers de personnes” dès le départ ? Quels ont été les choix d’optimisation clés ?
Cache agressif, séparation des responsabilités, architecture pensée pour scaler horizontalement. Le tracker est isolé du reste, la base de données est répliquée, on a des mécanismes de failover.
On a aussi beaucoup travaillé sur les requêtes les plus fréquentes — la liste des torrents, les announces, les scrapes. Quand tu sais que ces endpoints vont être martelés des millions de fois par jour, tu optimises en conséquence.
Après, soyons honnêtes : on verra ce que ça donne en vrai. La théorie c’est bien, la prod c’est autre chose. On aura sûrement des surprises, et on s’adaptera.
Côté infrastructure serveur, comment êtes-vous organisés ? Vous parlez de ~1000€/mois, ça représente combien de serveurs et quelle configuration ?
Plusieurs serveurs dédiés chez des hébergeurs qui respectent un minimum la vie privée. Je ne donnerai pas plus de détails, vous comprendrez pourquoi.
Les 1000€/mois, c’est une estimation basse pour une infra capable de tenir la charge. Ça peut monter un peu plus selon la croissance. Mais on reste raisonnables — on n’est pas sur du “100k€/mois” comme certaines rumeurs absurdes qu’on a pu lire. C’est un tracker torrent, pas le CERN. 
La sécurité est cruciale pour un tracker. Quelles mesures avez-vous mises en place pour protéger à la fois le site, les utilisateurs et vos propres infrastructures ?
C’est le sujet sur lequel je serai le plus évasif, pour des raisons évidentes. Ce que je peux dire : on prend ça très au sérieux. Chiffrement partout où c’est pertinent, cloisonnement, monitoring, bonnes pratiques de sécu classiques.
Pour les utilisateurs : on collecte le minimum vital, les mots de passe sont hashés correctement, les sessions sont sécurisées. On n’est pas là pour vous fliquer.
Pour nous : compartimentation, opsec, tout ce qu’il faut. On a conscience d’être dans une zone grise légale et on agit en conséquence.
Tu évoques DID/UCAN pour l’authentification distribuée. Peux-tu expliquer ce que c’est et pourquoi ces technologies vous intéressent pour la phase décentralisée ?
En version simple : DID (Decentralized Identifiers) c’est un système d’identité numérique qui n’appartient à personne. Pas de serveur central qui dit “oui, c’est bien toi”. Ton identité, c’est une clé cryptographique que toi seul possèdes.
UCAN (User Controlled Authorization Networks) c’est un système de permissions qui va avec. Ça permet de dire “j’autorise tel service à faire telle action en mon nom” sans passer par un tiers de confiance.
Pourquoi ça nous intéresse ? Parce que si on veut virer le tracker central à terme, il faut bien un moyen de savoir qui est qui, qui a uploadé quoi, qui a le droit de modérer quoi. Et on veut le faire sans recréer un point central de contrôle. C’est tout le défi.
Le choix technique n’est pas encore définitif, on explore plusieurs pistes. Mais la direction est claire : l’identité doit appartenir à l’utilisateur, pas à la plateforme.
On donnera plus d’information sur tout ça quand on y verra nous même plus clair sur le chemin à prendre, et qu’on aura stabilisé la phase 1.
Dans une annonce, tu parles d’une migration vers IPFS (Phase 2). Peux-tu expliquer à nos membres, de manière accessible, pourquoi IPFS représente pour toi l’avenir du partage, et quels sont les principaux obstacles techniques à surmonter ?
IPFS (InterPlanetary File System), en gros, c’est un protocole où les fichiers sont identifiés par leur contenu, pas par leur emplacement. Au lieu de dire “va chercher ce fichier sur ce serveur”, tu dis “je veux le fichier qui a cette empreinte”. N’importe qui ayant ce fichier peut te le fournir.
C’est l’évolution logique du P2P. BitTorrent a posé les bases, IPFS va plus loin en intégrant nativement le versioning, l’adressage par contenu, et plein d’autres trucs utiles.
Pourquoi c’est l’avenir ? Parce qu’il n’y a plus de point central à faire tomber. Pas de tracker à saisir, pas de serveur à bloquer. Le réseau devient résilient par design.
Les obstacles ? J’en ai listé plusieurs dans l’article : l’authentification distribuée, le maintien du ratio sans autorité centrale, la modération du contenu (TP), la gestion du temps réel, la consommation de ressources. C’est costaud, mais c’est faisable. Des gens bien plus malins que nous bossent sur ces sujets depuis des années.
La question du ratio dans un système décentralisé est fascinante. Comment comptez-vous maintenir un consensus global sans tracker central ? As-tu déjà des pistes concrètes ? (blockchain, DHT, autre) ?
C’est LA question difficile. Le ratio, c’est une forme de monnaie interne. Et une monnaie, ça nécessite un consensus sur “qui possède combien”.
Blockchain ? Possible, mais lourd et lent pour notre usage. On n’a pas besoin d’une décentralisation absolue avec des milliers de nœuds validateurs.
On explore plutôt des pistes hybrides : un consensus entre nœuds de confiance (genre les membres actifs de la communauté qui font tourner un nœud complet), avec des mécanismes cryptographiques pour vérifier les échanges.
L’idée de fond : le ratio devient une vraie micro-économie décentralisée. Chaque seed que tu fais est une transaction vérifiable. Ambitieux ? Oui. Impossible ? Non.
Tu évoques que “plusieurs défis” se posent pour la migration IPFS (authentification, ratio, distinction public/privé, temps réel, flexibilité). Lequel te semble le plus complexe à résoudre et pourquoi ?
Le ratio, sans hésitation.
L’authentification, on a des solutions qui marchent (DID/UCAN). La distinction public/privé, pareil. Le temps réel et la flexibilité, c’est de l’optimisation.
Mais le ratio… c’est un problème de consensus distribué, et c’est notoirement l’un des problèmes les plus durs en informatique distribuée. Comment s’assurer que personne ne triche, sans autorité centrale pour vérifier ?
C’est pour ça qu’on prend notre temps. On ne veut pas sortir un truc bancal qui se ferait exploiter en deux semaines.
La modération du contenu sera aussi un beau challenge.
Comment envisagez-vous la transition pour les utilisateurs entre le système centralisé actuel et le futur système IPFS ? Y aura-t-il une période de coexistence des deux systèmes ?
Oui, forcément. On ne va pas couper l’ancien système du jour au lendemain en disant “démerdez-vous avec IPFS maintenant”.
L’idée, c’est une transition douce. D’abord, on stabilise le système actuel. Ensuite, on introduit progressivement les briques décentralisées en parallèle. Les early adopters pourront tester, expérimenter. Les autres continueront sur le système classique.
À un moment, quand le nouveau système sera suffisamment mature et adopté, l’ancien deviendra optionnel, puis disparaîtra. Mais on parle en mois, voire en années. Pas en semaines.
On veut bousculer vos habitudes, pas vous traumatiser. 
IPFS peut être “très gourmand en ressources”. Comment comptez-vous optimiser ça pour que l’utilisateur lambda avec un PC modeste puisse participer sans problème ?
Plusieurs pistes :
- Pas d’obligation de faire tourner un nœud complet. Tu pourras utiliser le réseau via des passerelles légères, comme aujourd’hui avec un simple client torrent.
- Pour ceux qui veulent contribuer plus, des profils de configuration adaptés : “je suis sur un serveur 24/7 avec de la fibre” vs “je suis sur un laptop qui se connecte de temps en temps”.
- Utilisation intelligente du cache, épinglage sélectif des contenus populaires, etc.
L’objectif c’est que l’expérience utilisateur de base reste similaire à aujourd’hui. Tu télécharges un client, tu cherches un torrent, tu lances. Le fait que ça passe par IPFS plutôt que par BitTorrent classique, ça doit être transparent pour l’utilisateur lambda.
Les phases 3 et suivantes restent pour l’instant mystérieuses. Peux-tu au moins nous donner une direction, une ambition ultime pour C411 peut-être ? Où rêves-tu de voir le projet dans 5 ans par exemple ?
Je vais rester mystérieux, parce que sincèrement, arriver au bout de la phase 2 serait déjà un petit miracle.
Ce que je peux dire : la phase 2, si elle réussit, crée quelque chose qui nous échappe. Un organisme autonome, inarrêtable. À ce stade, on n’est plus les “propriétaires” de quoi que ce soit. On est juste des contributeurs parmi d’autres.
Dans 5 ans ? Je rêve d’un écosystème où la question “quel tracker utiliser ?” n’a plus de sens. Où le partage est tellement décentralisé, tellement intégré, que personne ne peut plus l’arrêter. Où la communauté s’auto-organise sans avoir besoin de figures centrales.
L’équipe et l’organisation
Tu parles d’une “belle petite équipe de hard techos à l’ancienne”. Sans dévoiler d’identités, peux-tu nous en dire plus sur les profils qui composent l’équipe ? Combien êtes-vous ?
On est une poignée. Je ne donnerai pas de chiffre exact.
Les profils : des gens qui ont de la bouteille dans le dev, l’infra, la sécu, les systèmes distribués. Des gens qui ont connu les BBS, IRC, les premiers trackers. Qui ont vu passer des projets naître et mourir. Qui savent ce qui marche et ce qui ne marche pas.
On n’est pas des entrepreneurs qui cherchent à monétiser. On est des passionnés, point.
Comment gérez-vous l’anonymat tout en construisant une relation de confiance avec la communauté ? N’est-ce pas un équilibre difficile à tenir ?
C’est un équilibre délicat, oui.
Notre approche : la transparence sur nos intentions, nos choix techniques, notre modèle économique. L’anonymat sur nos identités réelles.
La confiance, ça se construit par les actes, pas par les CV. On préfère montrer ce qu’on fait plutôt que raconter qui on est. Si le site tourne bien, si la communauté est saine, si on tient nos promesses techniques, la confiance suivra.
Et si on merde, vous serez les premiers à le voir et à nous le dire. C’est ça aussi, la transparence.
Modèle économique et éthique
Vous êtes transparents sur les coûts (~1000€/mois ou un peu plus) et refusez la rentabilisation. N’as-tu pas peur que les modèles “donation type Wikipédia” et liens d’affiliation VPN évoqués soient insuffisants dans une communauté habituée à la gratuité absolue ? Beaucoup de trackers galèrent avec les dons…
Oui, j’ai cette crainte. Je ne suis pas naïf.
Mais je préfère tenter un modèle éthique et échouer plutôt que réussir avec un modèle pourri. Si la communauté ne peut pas ou ne veut pas soutenir un projet qui refuse de la monétiser… eh bien, on aura notre réponse.
L’avantage du modèle Wikipédia, c’est qu’il est transparent et non-intrusif. On ne vous vend rien, on ne vous force à rien. Juste un bandeau de temps en temps qui dit “hey, on a besoin de X€ pour continuer, voilà où on en est”.
Les liens VPN, c’est du bonus. Si ça rapporte quelque chose, tant mieux. Si non, on s’en passera.
Et puis, on a un avantage : on n’a pas besoin de vivre de ce projet. On a des jobs à côté. On le fait par passion, pas par nécessité économique.
Dans cette continuité, si les donations ne suffisent pas, avez-vous un “plan B” ou une limite après laquelle vous seriez contraints d’arrêter le projet ?
Le plan B, c’est de réduire la voilure. Moins de serveurs, performances dégradées, fonctionnalités réduites. On peut tenir longtemps en mode dégradé si nécessaire.
La limite ultime ? Si ça devient un gouffre financier insoutenable ET que la communauté ne suit pas du tout, oui, on arrêtera. Mais on en est très loin.
Et puis n’oublions pas : la phase 2, si elle aboutit, élimine une grande partie des coûts d’infrastructure. Le système devient distribué, chacun porte une partie de la charge. C’est aussi pour ça qu’on pousse dans cette direction.
Controverses avec YGGTorrent et transparence
Les rumeurs sur un supposé lien avec YggTorrent ont circulé, la page de Login par exemple et notamment avec le fameux pseudo “Oracle” utilisé en ID1 (qui était le pseudo de l’admin d’YGG) modifié en « Staff » depuis. Au-delà de la clarification déjà apportée, peux-tu revenir dessus ou cette étape est derrière vous ? Et comment comptes-tu rassurer les uns ou les autres, construire et maintenir la confiance de la communauté sur le long terme ?
Je comprends que ça ait pu faire tiquer. Mais franchement, cette histoire est partie d’un simple manque de réflexion de ma part.
“Oracle”, c’était juste un nom que je trouvais classe, qui collait au côté “on annonce quelque chose”. J’avais vu ce pseudo sur Ygg, ça m’a inspiré sans que je réfléchisse plus loin. Quand j’ai vu que ça créait des suspicions, j’ai changé pour “Staff”. Pas de quoi en faire une affaire d’État.
La page de login ? Oui, on s’est inspirés du layout d’Ygg. Assumé. Parce que le layout était bien foutu, et parce que ça envoie un message : on reprend ce qui nous plaît, on vire le reste. T411 a inspiré Ygg, Ygg nous inspire sur certains aspects. C’est le cycle normal.
Pour le reste du site, je pense que le thème montre bien qu’on a notre propre identité.
La confiance sur le long terme ? Elle se construira par nos actions. Pas de mode boost, pas de monétisation abusive, transparence sur les finances, code propre, communauté respectée. C’est tout ce qu’on peut offrir. Le reste, c’est à vous de juger.
Quelle est ta position sur la modération et les règles du site ? Comment trouver le bon équilibre entre liberté et qualité du contenu ?
La pending, c’est notre principal outil de qualité. Des uploaders qui connaissent leur sujet valident les contenus. Ça évite le flood de fake, les doublons, les encodes dégueulasses.
Pour la modération communautaire : on veut un espace respectueux, mais pas aseptisé. Les débats sont les bienvenus, les insultes et le harcèlement non. Classique.
On n’a pas envie de faire les flics, donc on compte sur la communauté pour s’auto-réguler un maximum. Mais on interviendra si nécessaire.
L’équilibre, il se trouve dans le dialogue. Si une règle pose problème, on en discute. On n’est pas là pour imposer notre vision, on est là pour faire tourner un outil au service de la communauté.
Nous allons déployer progressivement la suite de notre système de gamification et de confiance communautaire qui est déjà initié. Les gens pourront entre autres faire des propositions quant aux évolutions à donner à la plateforme, et voter pour des propositions. Vous n’aurez pas les mêmes droits en fonction de l’usage que vous faites de la plateforme. C’est un système de confiance communautaire.
Le paysage actuel du P2P français
Comment analyses-tu la situation actuelle du Warez français avec les restrictions et la monétisation toujours plus grandissante d’YggTorrent ? Penses-tu que c’était inévitable ?
Inévitable ? Non. Compréhensible ? Malheureusement, oui.
Faire tourner un gros tracker, ça coûte cher. Si tu n’as pas de modèle économique sain, tu finis par chercher l’argent là où tu peux. Et la tentation de monétiser les utilisateurs est forte quand tu as des centaines de milliers de personnes captives.
Le problème, c’est que ça crée un cercle vicieux. Plus tu monétises, plus tu as besoin de garder les gens enfermés pour qu’ils paient. Plus tu les enfermes, moins tu as d’incitation à innover ou à décentraliser.
Notre pari, c’est de casser ce cercle en rendant progressivement la plateforme autonome. Pas de plateforme centrale = pas de tentation de monétiser = pas d’enfermement.
Tu cites La Cale et Utopeer comme projets que vous appréciez. Comment envisagez-vous la coexistence de plusieurs trackers français ? Est-ce une force ou un risque de fragmentation de la communauté ? Quel est votre point de vue sur le sujet ?
Une force, clairement.
La fragmentation, c’est un faux problème. Avoir plusieurs options, c’est sain. Ça évite les monopoles, ça pousse à l’innovation, ça donne du choix aux utilisateurs.
Et puis, dans notre vision à long terme, la notion même de “tracker” disparaît. Si tout le monde utilise des protocoles décentralisés compatibles, peu importe où tu as découvert un contenu — il est accessible partout.
En attendant, on encourage les passerelles, les collaborations, le partage de bonnes pratiques. La Cale a une approche originale qu’on aime bien. Utopeer pousse la réflexion technique très loin. Chacun apporte quelque chose.
L’ennemi, ce n’est pas le tracker d’à côté. C’est la centralisation, la monétisation abusive, et ceux qui voudraient faire disparaître le partage.
C’est pour ça que nous autorisons le cross-seed sur C411, et que nous le mettons même en valeur en montrant les statistiques de cross-seed publiquement.
Quelle est ta vision d’une “communauté saine” dans l’écosystème du partage P2P ? Qu’est-ce qui fait qu’un tracker réussit au-delà de la simple technique ?
Une communauté saine, c’est :
- Des gens qui partagent par envie de partager, pas juste pour gratter du ratio
- Du respect mutuel, même dans les désaccords
- Une transmission de savoir entre anciens et nouveaux
- Une équipe de modération qui sert la communauté, pas l’inverse
- De la transparence sur le fonctionnement et les décisions
Ce qui fait qu’un tracker réussit au-delà de la technique ? L’humain. Le sentiment d’appartenir à quelque chose. La fierté de contribuer à un projet commun.
T411 avait ça. Cette ambiance de grande famille un peu bordélique, mais attachante. Les fêtes pour les millions de torrents, les défis de seed, les discussions enflammées sur les forums.
C’est ça qu’on veut recréer. Pas juste un index de fichiers, mais un lieu de vie.
Vision et message final
Si tu devais convaincre en quelques phrases un utilisateur d’Ygg ou de Planète-Warez de rejoindre C411, que lui dirais-tu ?
Viens voir par toi-même. On ne te promet rien d’autre que notre sincérité et notre passion.
Juste un tracker qui essaie de faire les choses bien, avec une vision pour l’avenir.
On est pour le moment bien loin d’avoir la taille de catalogue d’ygg, il faut comparer ce qui est comparable. Mais ça peut aller vite 
Si ça te parle, bienvenue. Si tu préfères rester ailleurs, aucun souci. On n’est pas là pour faire la guerre à qui que ce soit.
Tu conclus ton article par “ne restez pas spectateurs”. Concrètement, au-delà de l’upload et du seed, comment les utilisateurs peuvent-ils contribuer activement au projet ?
Plein de façons :
- Participer aux discussions : vos retours, vos idées, vos critiques nous sont précieux
- Rejoindre la team pending : si vous avez des compétences dans certains domaines (musique, films, logiciels, etc.), venez aider à valider les contenus
- Signaler les bugs : on va en avoir, c’est certain. Chaque rapport de bug nous aide.
- Documenter : tutos, guides, FAQ… tout est à construire
- Tester les futures fonctionnalités : quand on attaquera la phase IPFS, on aura besoin de bêta-testeurs motivés
- Simplement être là : une communauté active, c’est déjà énorme
Un dernier mot pour la communauté du warez français et Planète-Warez ?
Merci d’exister. Sérieusement.
Le partage, c’est ce qui fait la beauté d’internet depuis ses débuts. Dans un monde qui cherche à tout monétiser, à tout contrôler, à tout enfermer, des communautés comme la vôtre maintiennent vivant un idéal.
Que vous veniez chez nous ou non, continuez à partager, à créer du lien, à transmettre. C’est ça qui compte.
Et si notre aventure C411 peut apporter sa pierre à l’édifice, on sera ravis d’avoir essayé.
Librement,
Kilian
Le mot de la fin
J’ai vraiment pris du plaisir à faire cette interview. C’était une première pour moi et j’espère pas la dernière.
Kilian a joué le jeu à fond, répondu à toutes mes questions sans langue de bois, et en un temps record en plus, au vu du nombre conséquent.
Nos échanges ont été super agréables, et j’ai senti une vraie sincérité dans ses mots.
Ce qui m’a marqué dans cette discussion, c’est qu’on sent que C411 n’est pas là pour faire la guerre à qui que ce soit. Ils ont juste envie de proposer autre chose, une alternative qui respecte l’esprit du partage sans partir dans des dérives commerciales. Et franchement, ça fait du bien.
Leur ambition folle de migrer vers IPFS et de décentraliser complètement le bordel, c’est carrément osé. Je sais pas s’ils vont y arriver — eux-mêmes le disent, c’est un défi énorme — mais au moins ils ont les compétences et surtout l’envie de tenter le coup.
Chez Planète-Warez, je trouve qu’on partage exactement la même philosophie sur le partage, la transmission et l’importance de la communauté. Bon, nous on reste dans le cadre légal, rien à voir, mais l’esprit lui, est le même : internet c’est avant tout du partage et de l’entraide, pas un supermarché géant.
Pour ma part, je pense vraiment que C411 mérite sa chance. Pas parce que ce serait le projet parfait — aucun projet ne l’est jamais — mais parce qu’il incarne une vraie alternative portée par des gens compétents qui donnent de leur temps et de leur passion pour un idéal.
Je suivrai de près l’évolution du projet et je vous tiendrai au courant des prochaines étapes ici sur le forum.
Comme le dit Kilian : ne restez pas spectateurs.
Le partage, c’est nous. C’est vous.
C’est une communauté qui vit et se construit ensemble.
Ils ne quittent jamais vraiment le forum. Toujours en train de rafraîchir la page, de checker les nouveaux posts et de répondre plus vite que leur ombre.

), j’étais carrément aux fraises mais dès que 




