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    @Violence

    Bien good content pour toi mon choom 😉(en + de ça t’as la V2).

    Moi perso, il m’est arrivé une fois que l’on me fait cette faveur, c’était sur une console Android (Boite FR mais produit chinois).
    J’ai laissé une année sans toucher à la machine puis j’ai remarqué que tout partait en sucette (la console ne voulait plus rien entendre, donc il suffisait juste de reflasher la chose avec une image propre du produit mais les gars n’avaient même pas l’image originale pour la reflasher).
    Donc ils m’ont tous simplement (alors qu’elle était hors garantie) remplacer la console Android que j’ai reçu 2 jours après (très rapide…on était quand même en 2013 au temps où ces petites bêtes coûtaient un bras 😁 et au temps où recevoir un colis prenait encore des plombes).
    Je me suis empressé après (après plusieurs recherches sur le net), de comment extraire avec plusieurs outils le firmware d’un produit sous Android (et ça se fait avec plusieurs étapes et surtout de patience en mode commande ^^) et depuis dés que j’avais un problème avec la console, je reflashai la chose avec le kit firmware que j’ai extrait et ça repartait comme en 4…heu ça repartait quoi 😁.

    Maintenant, il faut carrément se battre pour un produit encore sous garantie à base de menace de leur refaire leur portrait et tout et tout pour avoir satisfaction lol

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    Même si ces gugusses se regardent tous en chien de faïence, ils jouent surtout à qui qu’a la plus grosse. on peu ajouter du “sé toa ka komencé” et autre “té mon copin”.

  • Trump Make America Great Again, again

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    @michmich
    Ca aurait dû être fait depuis le début.

  • [Aide] C'est dangereux un keylogger ?

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    @YoplaitLaVie a dit dans [Aide] C'est dangereux un keylogger ? :

    question simple, est ce dangeureux un keylogger contenu dans un logiciel cracké ?

    Ce topic le feu brûle-t-il m’avait totalement échappé. :mouhaha:

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    C’est vrai que l’on se répète mais c’est ainsi , et tout à fait dans l’esprit de ce héros méconnu , ( 1 parmi… ? ) cité dans cet article , le partage de la connaissance ; je me suis encore enrichi aujourd’hui ; Je kiffe …!!! Merci …

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    Bon, je sais que quand on parle de l’affaire Kevin Mitnick, y’a toujours deux camps qui s’écharpent. Mais, l’histoire de Tsutomu Shimomura, c’est du grand cinéma. Noël 1994, le physicien rentre tranquillement chez lui à Solana Beach et là, il découvre que quelqu’un s’est introduit dans son système informatique. Et pas via une effraction physique classique, non, mais par les “tubes cathodiques” (oui, je vous explique le délire après…lol). Et le type a même laissé un message sur son répondeur pour le narguer. Une erreur fatale quand on s’attaque à un chasseur de hackers.

    Tsutomu Shimomura, c’est pas n’importe qui dans le game. Il est le fils d’Osamu Shimomura, LE Shimomura qui a décroché le Prix Nobel de chimie en 2008 pour ses travaux sur la protéine fluorescente verte des méduses. C’est ce truc vert fluo qui permet aujourd’hui aux chercheurs de visualiser les cellules vivantes en temps réel.

    Bref, le fiston a grandi dans un environnement où l’excellence scientifique, c’était la base. Sauf que contrairement à papa qui étudiait les méduses bioluminescentes (il en a pêché 850 000 quand même !), lui décide de chasser les prédateurs numériques.

    Et c’est grâce à ses techniques de traque high-tech avec triangulation cellulaire et analyse de fréquences que Kevin Mitnick, le hacker le plus recherché d’Amérique à l’époque, se retrouve derrière les barreaux le 15 février 1995 à 1h30 du matin précisément.

    Mais attention, comme toujours l’histoire est bien plus complexe qu’elle n’y paraît.

    Né en 1964 à Kyoto, Tsutomu montre déjà des signes de rébellion dès le lycée. Le gamin se fait carrément expulser de Princeton High School pour “attitude anticonformiste”. Il faisait partie d’un groupe d’étudiants qui n’acceptaient pas l’autorité établie et pourtant, gagnait des concours locaux de maths et sciences. Ça vous rappelle quelque chose ? Génie + caractère de cochon = futur expert en sécurité informatique.

    Ensuite, direction Caltech où il va étudier sous la direction de Richard Feynman. Oui, LE Feynman, Prix Nobel de physique et légende vivante. Franchement, avoir ce type comme prof, ça doit marquer à vie. Feynman était connu pour ses méthodes d’enseignement peu orthodoxes et sa capacité à simplifier les concepts les plus complexes. Parfait donc pour former un futur chasseur de hackers qui devra expliquer des trucs techniques aux agents du FBI.


    Richard Feynman

    Après Caltech, Shimomura file à Los Alamos National Laboratory. Là, il travaille avec Brosl Hasslacher sur les automates de gaz sur réseau (lattice gas automata pour les intimes). En gros, ils simulent l’écoulement des fluides avec des méthodes de calcul parallèle massif. Pourquoi je vous parle de ça ? Parce que cette expertise va directement lui servir plus tard. Quand vous maîtrisez les systèmes parallèles et les algorithmes complexes, traquer des hackers devient presque un jeu d’enfant.

    En 1989, Shimomura rejoint le San Diego Supercomputer Center comme Senior Fellow. Officiellement, il fait de la recherche en physique computationnelle. Officieusement, il commence à faire du consulting pour des agences gouvernementales sur les questions de sécurité. En 1992, il témoigne même devant le Congrès américain sur les failles de sécurité des téléphones cellulaires. Il avait déjà identifié les vulnérabilités que les hackers allaient exploiter. Le type était en avance sur son temps.

    Maintenant, accrochez-vous parce que l’histoire devient vraiment “juteuse”. Le 25 décembre 1994, pendant que tout le monde déballe ses cadeaux de Noël, Kevin Mitnick décide de s’attaquer au système personnel de Shimomura. Pourquoi lui ? Probablement parce que Shimomura avait des fichiers ultra-intéressants sur la sécurité des réseaux et des téléphones cellulaires. C’était du caviar pour un hacker.


    – Tsutomu Shimomura et Julia Menapace

    La technique utilisée ? De l’art ! Mitnick utilise ce qu’on appelle le “source address spoofing” combiné avec la “TCP sequence prediction”. Pour faire simple, il fait croire au système de Shimomura qu’il est un ordinateur de confiance en prédisant les numéros de séquence TCP. C’est comme si quelqu’un se déguisait en facteur pour entrer chez vous, mais en plus compliqué.

    Bien sûr, Mitnick ne s’est pas littéralement introduit via un tube cathodique d’écran CRT (ça n’a pas de sens physiquement 😅), mais via une attaque réseau ciblée, exploitant des failles dans le protocole X11 et dans des systèmes SunOS non patchés. L’expression “par les tubes cathodiques” que j’ai employé au début de ce récit vient de la façon dont certains journalistes de l’époque avaient vulgarisé le truc car Mitnick a utilisé une session graphique X11 pour ouvrir une fenêtre à distance sur le poste de Shimomura. Et comme c’était une interface graphique, les médias nous ont pondu l’image du hacker qui passe par l’écran. Et comme à l’époque, un écran = tube cathodique, hop, ça fait pas des chocapics mais une “intrusion par le tube cathodique”.

    Mais Mitnick fait une erreur psychologique majeure. Non content d’avoir pénétré le système et volé des centaines de fichiers, il laisse des messages moqueurs sur le répondeur de Shimomura. Des trucs du genre “Votre sécurité, elle est où ?” avec une voix déformée. Breeeef, quand on s’attaque à un expert en sécurité fils d’un Prix Nobel, on évite de le narguer car c’est comme tirer la queue d’un tigre endormi.

    Shimomura découvre alors l’intrusion en rentrant de San Francisco. Des centaines de fichiers copiés, des programmes volés, son système compromis. Mais au lieu de simplement changer ses mots de passe et passer à autre chose comme vous et moi, il décide alors de traquer l’intrus. Et là, ça devient technique.

    Première étape : Analyser les traces laissées par l’attaque. Shimomura identifie que Mitnick utilise des connexions par modem cellulaire pour masquer sa position. Malin, mais pas suffisant contre un physicien qui a étudié les systèmes de communication et qui a témoigné devant le Congrès sur le sujet.

    Deuxième étape : Coopération avec les opérateurs téléphoniques. Shimomura contacte Sprint et d’autres compagnies et avec leur aide, il arrive à tracer les connexions jusqu’à la source. Mais attention, on est en 1995, et les techniques de géolocalisation étaient primitives comparées à aujourd’hui. Y’avait pas de GPS dans tous les téléphones, hein !

    Troisième étape : Triangulation radio. Shimomura utilise des techniques de direction finding pour localiser précisément l’émetteur. En gros, avec plusieurs antennes, on peut déterminer la direction d’où vient un signal. Croiser plusieurs directions permet alors de déterminer la position exacte. C’est de la physique [censored] appliquée à la chasse au hacker.

    Shimomura estime qu’il lui a fallu seulement quatre jours de travail intensif pour localiser Mitnick. Le 12 février 1995, il savait déjà où se trouvait Mitnick à un mile près. Le 15 février, il débarque à Raleigh en Caroline du Nord, avec une équipe de techniciens du FBI. Ils utilisent des équipements de surveillance radio pour isoler l’immeuble exact : le Players Court, près de l’aéroport de Raleigh-Durham.

    Et pourquoi Raleigh ? Et bien Mitnick expliquera plus tard qu’il adorait le jeu Monopoly et les propriétés vertes, et la Caroline du Nord, c’est les propriétés vertes sur le plateau américain. Le type avait aussi 44 demandes d’emploi dans son appart et un bouquin “The 100 Best Companies to Work for in America”. Il voulait se ranger, apparemment.

    À 1h30 du matin, le FBI frappe à la porte. Mitnick se fait arrêter avec un arsenal numérique impressionnant : des téléphones clonés et de multiples fausses identités. C’est game over. Il sera condamné à presque 6 ans de prison, dont une grande partie en isolement parce que le juge avait peur qu’il pirate le téléphone de la prison. Hé oui !

    Après l’arrestation, Shimomura décide de raconter son histoire. Avec John Markoff, journaliste au New York Times, il publie “Takedown: The Pursuit and Capture of Kevin Mitnick” en 1996. Le livre devient un best-seller et sera adapté au cinéma sous le titre “Operation Takedown” en 2000 avec Skeet Ulrich dans le rôle de Mitnick.

    Sauf que voilà, tout le monde n’est pas d’accord avec cette version des faits. Jonathan Littman publie “The Fugitive Game” la même année et accuse carrément Shimomura et Markoff d’avoir fabriqué des éléments pour se faire mousser. Plus tard, Mitnick lui-même riposte avec “Ghost in the Wires” en 2011, où il surnomme Shimomura “Shimmy” avec un ton franchement méprisant.


    – Kevin Mitnick lors de son arrestation

    La vérité ? Elle se trouve probablement quelque part entre les trois versions car Shimomura a certainement contribué à la capture, mais il a peut-être aussi dramatisé son rôle. Mitnick n’était probablement pas le génie du mal qu’il a décrit, mais il était loin d’être innocent avec ses 25 chefs d’accusation de crimes informatiques.

    Après sa célébrité soudaine, Shimomura aurait pu capitaliser sur sa notoriété et devenir consultant en cybersécurité comme tout le monde. Mais non, le type prend une direction complètement différente. Il rejoint Sun Microsystems à la fin des années 90, puis fonde sa propre boîte : Neofocal Systems.

    Neofocal, c’est pas de la cybersécurité. C’est de la technologie LED intelligente ! Shimomura développe des puces pour contrôler des réseaux de LED individuellement adressables. En gros, vous pouvez contrôler chaque LED séparément avec un seul câble pour l’alimentation et des données. En 2015, Neofocal lève 9 millions de dollars. Pas mal pour un pivot aussi radical.

    L’affaire Shimomura-Mitnick soulève des questions qui résonnent encore aujourd’hui. Jusqu’où peut aller un civil dans une enquête criminelle ? Les méthodes de Shimomura, acceptables en 1995, seraient probablement problématiques aujourd’hui. Traquer quelqu’un avec des équipements de surveillance radio sans mandat, c’est limite. Mais d’un autre côté, les méthodes traditionnelles d’investigation étaient totalement inadaptées face aux nouveaux crimes numériques.

    Alors 30 ans après, qu’est-ce qui reste de cette histoire ? Et bien Shimomura a prouvé que la science théorique peut être une arme redoutable en cybersécurité. Il a démontré l’importance de la coopération entre secteur privé et forces de l’ordre (aujourd’hui c’est la norme) et ses préoccupations de 1992 sur la sécurité des téléphones cellulaires étaient visionnaires !

    Kevin Mitnick est décédé le 16 juillet 2023 d’un cancer du pancréas, à 59 ans, mettant fin à l’une des rivalités les plus emblématiques de l’histoire de la cybersécurité. Il était devenu Chief Hacking Officer chez KnowBe4 et consultant en sécurité respecté. Shimomura, lui, continue aujourd’hui d’innover dans le secteur des semiconducteurs. Deux destins différents pour deux figures légendaires du monde du hacking.

    À vous de voir maintenant si les méthodes de Shimomura étaient justifiées ou pas mais une chose est sûre : ne narguez jamais un physicien qui connaît les protocoles TCP par cœur !

    – Sources :

    Department of Justice - Arrest of Kevin Mitnick (1995), Nobel Prize - Osamu Shimomura Facts, Great Rivalries in Cybersecurity: Tsutomu Shimomura vs. Kevin Mitnick, WRAL - Kevin Mitnick reflects on Raleigh arrest, Wikipedia - Kevin Mitnick, CNN - Kevin Mitnick obituary (2023)

    https://korben.info/tsutomu-shimomura-chasseur-hackers.html

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    Sur que ça eveille la curiosité…

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  • Scooter 3 Roues - Pourquoi Pas

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    Pq pas une roue écologique ?

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    @michmich a dit dans [Dossier] De Conti à Chaos : La dynastie criminelle qui refuse de mourir :

    si conscience il y a ?

    Non, il n’y en a pas. Seul l’argent les guident.
    Mais ce sont des putains de génies. C’est ce côté là que j’admire mais comme beaucoup de monde, je préfère quand ses compétences sont mises au profit du bien commun comme l’OPSEC. Mais ce sont des génies tout de même.

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    Vous savez ce qui est encore plus embarrassant que de se faire pirater quand on est une multinationale ? Se faire pirater quand on est soi-même un pirate travaillant pour un État. Et c’est exactement ce qui vient d’arriver à un mystérieux opérateur APT (Advanced Persistent Threat) dont 9GB de données ont été divulguées par deux hackers se faisant appeler Saber et cyb0rg. L’arroseur arrosé dans toute sa splendeur !

    L’histoire commence de manière plutôt originale puisque cette fuite monumentale a été révélée lors du 40e anniversaire du légendaire magazine Phrack, pendant la convention DEF CON 33 à Las Vegas. Pour ceux qui ne connaissent pas, Phrack c’est LA bible des hackers depuis 1985, fondée par Taran [K.ing] et Knight Lightning.

    Un zine underground qui a formé des générations entières de hackers avec ses articles techniques pointus et sa philosophie du “Hacker Manifesto”. Ces derniers, après être sortis de 3 années de silence en 2024, ont fêté leurs 40 ans le 8 août dernier avec un cadeau plutôt explosif : L’intégralité du toolkit d’espionnage d’un acteur étatique. Rien que ça !


    – DEF CON, la convention où l’arroseur s’est fait arroser

    Saber et cyb0rg ne sont pas des petits nouveaux. Ils expliquent dans leur article publié dans Phrack #72 avoir compromis à la fois une workstation virtuelle ET un serveur privé virtuel (VPS) utilisés par cet opérateur APT qu’ils ont surnommé “KIM”. Le duo affirme avoir passé des mois à analyser les habitudes de leur cible avant de frapper. Pour cela, ils ont exploité une mauvaise configuration des services cloud de l’opérateur et une réutilisation de mots de passe entre différents systèmes. Basique mais efficace, car oui, même les espions d’État font des erreurs de débutant !

    Mais attention, l’identité réelle de notre espion maladroit reste un vrai casse-tête. Si Saber et cyb0rg affirment avoir compromis un ordinateur lié au groupe Kimsuky (ces fameux hackers nord-coréens du Bureau 121 qui font régulièrement parler d’eux depuis 2013), les experts en sécurité émettent des doutes sérieux.

    Pour rappel, Kimsuky (aussi connu sous les noms APT43, Emerald Sleet ou THALLIUM) travaille directement pour le Reconnaissance General Bureau (RGB) nord-coréen. En gros, c’est leur CIA à eux. Et les mecs sont plutôt spécialisés dans l’espionnage et le vol d’informations sur les politiques étrangères liées à la péninsule coréenne, le nucléaire et les sanctions internationales à leur encontre. Ils ont notamment ciblé des think tanks sud-coréens, japonais et américains avec des campagnes de spear-phishing ultra sophistiquées. Par exemple, en mai 2024, ils exploitaient encore des failles DMARC pour usurper l’identité d’organisations de confiance.

    Sauf que voilà, plusieurs éléments clochent. L’opérateur piraté semble parler chinois mandarin, et pas coréen. Son historique de navigation Chrome et Brave (presque 20 000 entrées !) montre des recherches en caractères simplifiés, pas en hangul (l’alphabet officiel du coréen), ses bookmarks pointent vers des sites chinois, et surtout, ses cibles privilégiées correspondent parfaitement au profil d’un acteur chinois : Taiwan, le Japon et la Corée du Sud. Certains experts pensent même qu’il pourrait délibérément imiter les méthodes de Kimsuky pour brouiller les pistes. C’est une technique connue sous le nom de “false flag operation” dans le monde du renseignement.


    – Alors Corée du Nord ou Chine ? Le mystère reste entier

    – Le butin déballé par nos deux Robin des Bois du hacking est absolument dingue. C’est 8,90 GB de données ultra sensibles avec :

    19 783 entrées d’historique de navigation sur Chrome et Brave, révélant les habitudes et méthodes de travail de l’opérateur Des logs d’attaques actives contre le gouvernement sud-coréen, notamment le Defense Counterintelligence Command et le Supreme Prosecutor Office Du code source d’outils custom développés spécifiquement pour leurs opérations Des identifiants et mots de passe pour différents systèmes compromis Des scripts de commande et contrôle (C2) pour gérer les machines infectées Des manuels opérationnels détaillant comment utiliser leurs backdoors Des logs de campagnes de phishing avec les templates utilisés et les listes de victimes

    – Y’a même une capture écran de son bureau :

    Mais le plus juteux, c’est surtout l’arsenal technique complet de l’opérateur. On y trouve le backdoor kernel TomCat, une saloperie qui s’installe au niveau du noyau système pour une persistance maximale. Des beacons Cobalt Strike customisés, Cobalt Strike étant cet outil commercial à 3 500 dollars la licence, vendu comme “logiciel de simulation d’adversaire” mais adoré par les vrais méchants. Il y a aussi la backdoor Ivanti RootRot qui exploite les vulnérabilités CVE-2025-0282 et CVE-2025-22457 découvertes fin 2024. Sans oublier des variantes modifiées d’Android Toybox pour compromettre les smartphones. Et l’exploit BRUSHFIRE/Bushfire pour les systèmes Ivanti Connect Secure.

    Pour comprendre l’ampleur du désastre, c’est comme si un cambrioleur professionnel se faisait voler sa mallette contenant tous ses outils, ses plans de cambriolage, son carnet d’adresses avec les codes d’alarme de ses cibles, et même son journal intime où il note ses techniques. Bah voilà, c’et exactement ça qui vient d’arriver à notre cher APT !


    – DDoSecrets, les nouveaux WikiLeaks mais en mieux organisé

    DDoSecrets a indexé et publié l’archive complète, la rendant accessible gratuitement à tous les chercheurs et journalistes. Pour ceux qui ne connaissent pas, DDoSecrets (Distributed Denial of Secrets) ce sont les nouveaux WikiLeaks, fondé en 2018 par Emma Best et Thomas White après que WikiLeaks soit devenu… compliqué avec l’affaire Assange.

    Emma Best, journaliste spécialisée en sécurité nationale et activiste de la transparence non-binaire basée à Boston, avait d’ailleurs clashé avec Assange avant de créer DDoSecrets. Elle l’accusait notamment d’avoir menti sur la source des emails du DNC. Avec moins de 20 personnes et un budget 3000 fois inférieur à WikiLeaks, DDoSecrets a déjà publié plus de 100 millions de fichiers en provenance de 59 pays et leur philosophie est : “La vérité est son propre objectif.” Pas d’ego, pas de drama, juste de la transparence extrêmement radicale.

    Leurs analystes confirment donc que les contenus de l’archive semblent authentiques et cohérents avec un véritable toolkit d’espionnage, ce qui est également confirmé par plusieurs experts en threat intelligence. Les victimes sud-coréennes ont également été notifiées avant la publication, histoire de limiter les dégâts. Ouf !

    Ce qui rend cette affaire assez unique, c’est qu’elle nous offre un aperçu rare et non filtré des coulisses du cyber-espionnage étatique. D’habitude, on découvre les outils et techniques des APT après coup, en analysant leurs attaques comme des archéologues numériques qui reconstituent un dinosaure à partir de fragments d’os. Mais là, on a accès directement à leur boîte à outils complète, leurs notes, leurs cibles, leurs méthodes de travail au quotidien.

    – Les implications sont d’ailleurs énormes pour la communauté cybersécurité. Avec cet accès privilégié aux TTPs (Tactics, Techniques, and Procedures) de l’opérateur, les équipes de défense peuvent maintenant :

    Identifier des patterns d’attaque pour créer des signatures de détection plus précises Comprendre l’infrastructure C2 utilisée et bloquer proactivement les domaines et IPs associés Analyser les vulnérabilités exploitées et patcher en priorité Attribuer d’anciennes attaques non résolues grâce aux similarités dans le code et les méthodes Former les analystes SOC avec des exemples réels d’attaques APT

    Un acteur APT, habitué à opérer dans l’ombre avec l’impunité que confère le soutien d’un État-nation, s’est donc fait avoir par deux hackers indépendants qui ont ensuite balancé tout son arsenal sur Internet. C’est plutôt marrant quand on sait que ces groupes APT passent leur temps à voler les secrets des autres !


    – Cobalt Strike, l’outil préféré des APT (et des red teamers légitimes)

    L’incident soulève quand même des questions cruciales sur l’attribution des cyberattaques. Le fait que cet opérateur pourrait être chinois mais imiter les techniques nord-coréennes montre à quel point il est difficile d’identifier avec certitude l’origine d’une attaque, car ans le monde du cyber-espionnage, les fausses pistes et les opérations sous faux drapeau sont monnaie courante.

    C’est d’ailleurs pour ça que les groupes APT chinois et nord-coréens adorent se faire passer les uns pour les autres. Les Chinois ont leurs propres groupes legendaires comme APT1 (Comment Crew), APT28 (Fancy Bear… non attendez ça c’est les Russes !), ou APT40 (Leviathan). Les Nord-Coréens ont Lazarus (ceux du hack de Sony Pictures et du ransomware WannaCry), Bluenoroff / APT38 (spécialisés dans le vol bancaire, 81 millions de dollars à la Bangladesh Bank en 2016 !), et notre fameux Kimsuky.

    La différence de style entre les groupes est d’ailleurs fascinante. Les Russes préfèrent exploiter des zero-days pour un impact géopolitique immédiat. Les Chinois ciblent les supply chains pour du vol de propriété intellectuelle à long terme. Les Nord-Coréens ? Eux ils ont besoin de cash, donc ils font dans le ransomware et le vol de crypto. En 2024, ils auraient volé plus de 3 milliards de dollars en cryptomonnaies selon les estimations !

    Mais revenons à notre opérateur mystère. L’analyse de son infrastructure révèle des détails croustillants. Il utilisait des VPS loués avec des bitcoins minés spécifiquement pour l’opération (ces mecs ont leur propre ferme de minage !). Les domaines C2 étaient enregistrés via des registrars russes et chinois avec de fausses identités. Les certificats SSL étaient générés avec Let’s Encrypt pour paraître légitimes. Tout un écosystème criminel parfaitement rodé… jusqu’à ce que Saber et cyb0rg débarquent.

    Et balancer une telle bombe pendant DEF CON, c’est s’assurer un maximum d’impact dans la communauté (la preuve, j’en parle). En tout cas, il y a une certaine justice poétique à voir un cyber espion se faire espionner à son tour.

    Aujourd’hui avec ces révélations, le message envoyé à tous les groupes APT est clair : vous n’êtes pas intouchables. Même avec le soutien d’un État, même avec des budgets illimités, même avec les meilleurs outils, vous pouvez vous faire pwn par deux hackers motivés.

    Je pense que cette affaire restera dans les annales car pour la première fois, ce n’est pas une agence de renseignement occidentale qui expose un groupe APT, mais des hackers indépendants. Cela me rappelle le leak de Conti qui avait subit la même chose mais de la part d’un insider (enfin, on le pense…).

    Bref, si vous êtes un opérateur APT, évitez de réutiliser vos mots de passe et configurez correctement vos services cloud, sinon vous finirez en une de Phrack avec tous vos petits secrets étalés sur Internet. C’est con mais c’est comme ça !

    Et pour les chercheurs en sécurité, foncez analyser ces 9GB de données, c’est Noël avant l’heure !

    – Sources :

    HackRead - 9GB APT Data Leak, Dark Reading - APT Actor Data Dump Analysis, DDoSecrets - APT Down: The North Korea Files, Phrack Magazine Issue #72, Wikipedia - Distributed Denial of Secrets, CISA - Kimsuky APT Advisory

    https://korben.info/hackers-piratent-pirates-donnees-apt-fuites-def-con.html

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    C’est fou ; merci de nous aider à enrichir notre connaissance des vraies bases de ce qui constitue une partie de nos vies…

  • Le monde est un château de sable

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    @patricelg C’est malin… faudrait des tonnes de colle puisque les grains de dune sont bien plus petits que les grains de construction, mais je vois dans ton idée un problème de coût. Ne serait il pas plus abordable de faire ramasser cette matière première par les enfants nord africains, d’envoyer par conteneurs en Chine pour faire coller les grains, puis au Pakistan pour les faire tailler et en Amérique du sud pour l’emballage avant la livraison sur nos côtes?
    Malheureusement, nos prisonniers ont des droits et un salaire minimum… heureusement, nous avons Lafarge. Une multinationale véreuse parfaitement au courant des zones de non droit mondiales et spécialiste des matériaux de construction douteux… :affole: :loool: :clac:

  • Top 50 des produits de grande consommation en France

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    Pour moi la répartition en volume est plus parlante, l’autre dépendant “aussi” du prix des produits.

    https://www.olivierdauvers.fr/2025/08/17/exclu-le-classement-en-volumes-des-produits-les-vendus-en-2025-le-triomphe-cristaline-et-coca/

    Ça reste intéressant et même si ça ne reflète pas la consommation de mon foyer, c’est révélateur sur la faible consommation d’eau du robinet (ici on a la chance d’avoir un syndicat des eaux indépendant et de l’eau filtrée naturellement et par UV, pas de chlore) et sur les intérêts marketing des grandes marques de sodas.
    Et on comprend aussi aisément pourquoi le lobby de l’alcool est si bien défendu tout comme pourquoi les prix/taxes n’augmentent pas là-dessus (vs tabac) :

    La bouteille de Ricard 1L a rapporté 35 millions d’Euros de TVA, Les 2 1ères bières, plus de 26 millions.
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    Encore un article formidable c est passionnant.

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    C’est l’histoire d’une hackeuse qui a littéralement fait trembler Intel, Microsoft et toute l’industrie de la sécurité et qui a prouvé qu’on ne pouvait JAMAIS faire confiance à un ordinateur.

    Je ne me souviens absolument pas du jour où j’ai découvert Blue Pill mais c’est en août 2006, lors de la présentation de Joanna Rutkowska à Black Hat, que le monde a découvert cet outil. Les forums de sécurité étaient en ébullition totale car une hackeuse polonaise de 25 ans venait de démontrer comment créer un rootkit 100% indétectable en utilisant de la virtualisation hardware. Les experts étaient alors partagés entre l’admiration et la terreur absolue.

    Comment une chercheuse inconnue du grand public avait-elle pu mettre à genoux toute l’industrie et devenir quelques années plus tard, l’architecte de l’OS le plus sécurisé au monde ? Je vais tout vous raconter…

    Joanna Rutkowska naît en 1981 à Varsovie, dans une Pologne encore sous régime communiste. Quand elle débarque sur Terre, Solidarność vient juste d’être interdit et le général Jaruzelski impose la loi martiale. C’est dans ce contexte politique super tendu qu’elle grandit, dans une ville où l’accès à la technologie occidentale reste un luxe rare.

    En 1992, à 11 ans, Joanna découvre son premier ordinateur. Un PC/AT 286 avec un processeur à 16 MHz, 2 MB de RAM et un disque dur de 40 MB. Pour une gamine de cet âge dans la Pologne post-communiste, c’est comme trouver un trésor. Alors pendant que ses copines jouent à la poupée Barbie, Joanna passe ses journées devant l’écran monochrome, fascinée par ce monde binaire.

    Elle commence par apprendre GW-BASIC, puis découvre Borland Turbo Basic. Les lignes de code défilent, les programmes prennent vie. C’est magique ! Elle passe des heures à créer des petits jeux, des utilitaires et tout ce qui lui passe par la tête. Mais très vite, le BASIC ne lui suffit plus. Elle veut comprendre comment fonctionne VRAIMENT la machine.

    L’adolescence de Joanna est marquée par une curiosité dévorante pour les entrailles des systèmes. Elle se plonge dans la programmation assembleur x86, le langage le plus proche du hardware. C’est hardcore, c’est complexe, mais c’est exactement ce qu’elle cherche. Elle veut tout contrôler, tout comprendre, tout maîtriser jusqu’au dernier registre du processeur.

    Alors elle ne se contente pas d’apprendre. Elle expérimente, crée ses premiers virus. Pas pour nuire hein, mais pour comprendre. Comment un programme peut-il se répliquer ? Comment peut-il se cacher ? Comment peut-il survivre ? Ces questions l’obsèdent. Elle passe ses nuits à désassembler des programmes, à tracer leur exécution instruction par instruction.

    Et au milieu des années 90, quelque chose change. Les maths et l’intelligence artificielle commencent à la fasciner. Elle découvre les réseaux de neurones, les algorithmes génétiques, et tout ce qui touche à l’IA naissante. Elle dévore les whitepapers de recherche, implémente des prototypes. Et cette même passion qu’elle avait mise dans l’assembleur, elle la met maintenant dans l’IA.

    Parallèlement, elle découvre Linux et le monde de l’open source et c’est une révélation totale ! Un système d’exploitation dont on peut lire le code source, c’est fou ! Elle peut enfin voir comment fonctionne vraiment un OS moderne. Elle compile son premier kernel, le modifie, le recompile. Elle apprend la programmation système, les drivers, les mécanismes de sécurité du kernel.

    Puis à la fin des années 90, Joanna fait un choix crucial. Elle retourne à sa première passion : la sécurité informatique. Mais cette fois avec une approche différente. Elle ne veut plus créer des virus pour le fun, non, elle veut comprendre comment sécuriser les systèmes, comment les protéger, comment détecter les attaques les plus sophistiquées.

    Alors elle s’inscrit à l’Université de Technologie de Varsovie (Warsaw University of Technology), l’une des meilleures facs d’informatique de Pologne et là, elle approfondit ses connaissances théoriques tout en continuant ses recherches personnelles sur les exploits Linux x86 et Win32 puis finit par se spécialiser dans la sécurité système, un domaine encore peu exploré à l’époque.

    Son mémoire de master porte sur les techniques de dissimulation des malwares. Elle y développe des concepts qui préfigurent déjà ses futures recherches. Comment un programme malveillant peut-il se rendre totalement invisible ? Comment peut-il tromper les outils de détection les plus sophistiqués ? Ses profs sont bluffés par la profondeur de son analyse.

    Diplômée, Joanna commence à bosser comme consultante en sécurité, mais très vite, elle réalise que le consulting ne la satisfait pas. Elle veut faire de la recherche [censored] et dure, explorer les limites de ce qui est possible, repousser les frontières de la sécurité informatique. Pas juste auditer des systèmes pour des clients corporate.

    C’est à cette époque qu’elle commence à s’intéresser à la virtualisation. Intel et AMD viennent de sortir leurs nouvelles extensions de virtualisation hardware : VT-x et AMD-V. Pour la plupart des gens, c’est juste une amélioration technique pour faire tourner des VMs plus efficacement mais pour Joanna, c’est bien plus que ça. C’est une nouvelle surface d’attaque.

    Elle passe des mois à étudier ces nouvelles technologies. Elle lit les manuels Intel de 3000 pages (oui, 3000 !), analyse chaque instruction, comprend chaque mécanisme. Les opcodes VMXON, VMXOFF, VMRESUME deviennent ses meilleurs amis et petit à petit, une idée germe dans son esprit génial.

    Et si on pouvait utiliser la virtualisation non pas pour protéger, mais pour attaquer ? Et si on pouvait créer un hyperviseur malveillant qui prendrait le contrôle total d’un système sans que personne ne s’en aperçoive ? Un rootkit qui s’exécuterait à un niveau encore plus bas que le kernel, dans le ring -1 comme on dit.

    L’idée est révolutionnaire car jusqu’alors, les rootkits devaient modifier le kernel, laissaient des traces, et étaient détectables d’une manière ou d’une autre. Mais avec la virtualisation hardware, on pourrait créer un rootkit qui contrôle le système d’exploitation lui-même sans jamais le toucher. Le rootkit parfait en somme…

    En 2006, Joanna est prête. Elle a développé une preuve de concept qu’elle appelle “Blue Pill”, en référence à la pilule bleue de Matrix. Le nom est parfait car comme dans le film, le système d’exploitation continue de vivre dans une réalité virtuelle sans se douter qu’il est contrôlé par une entité supérieure. “Your operating system swallows the Blue Pill and it awakes inside the Matrix”, comme elle le dira.

    À cette époque, Joanna bosse pour COSEINC Research, une boîte de sécurité basée à Singapour et ce sont eux qui financent ses recherches sur Blue Pill. Mais attention, Blue Pill n’est pas destiné à être vendu ou distribué. C’est exclusivement pour la recherche, simplement pour “prouver le concept” (PoC).

    Le 3 août 2006, Las Vegas. C’est l’heure de la Black Hat, LA conférence de sécurité la plus prestigieuse au monde. Joanna monte sur scène, elle a 25 ans, elle est inconnue du grand public américain, et elle s’apprête à bouleverser le monde de la cybersécurité.

    The idea behind Blue Pill is simple,

    commence-t-elle avec son accent polonais caractéristique,

    Your operating system swallows the Blue Pill and it awakes inside the Matrix controlled by the ultra-thin Blue Pill hypervisor.

    La salle est bondée. Les experts sont venus voir cette jeune chercheuse polonaise qui prétend avoir créé un rootkit indétectable. Certains sont sceptiques. D’autres curieux. Personne ne s’attend à ce qui va suivre.

    Joanna lance sa démo. En quelques secondes, elle installe Blue Pill sur un système Windows Vista en cours d’exécution. Pas de redémarrage. Pas de modification visible. Le système continue de fonctionner normalement, sauf qu’il est maintenant entièrement sous le contrôle de Blue Pill.

    Elle montre alors comment Blue Pill peut intercepter tous les appels système, modifier les résultats, cacher des processus, des fichiers, des connexions réseau. Tout ça sans toucher à un seul octet du kernel Windows. Les outils de détection de rootkits ne voient rien, les antivirus sont aveugles et le système lui-même n’a aucune idée qu’il s’exécute dans la machine virtuelle.

    Le plus fou c’est que Blue Pill n’exploite aucun bug dans AMD-V ou Intel VT-x. Il utilise uniquement les fonctionnalités documentées. Ce n’est pas un exploit, c’est une utilisation créative de la technologie.

    Blue Pill does *not* rely on any bug in Pacifica neither in OS,

    précise-t-elle.

    La démonstration se termine. Un silence de cathédrale règne dans la salle. Puis les applaudissements explosent. Les experts présents réalisent qu’ils viennent d’assister à quelque chose d’historique. Joanna Rutkowska vient de prouver que la virtualisation hardware peut être “weaponisée”.

    L’impact est immédiat et dévastateur et les médias s’emparent de l’histoire. eWeek Magazine la nomme parmi les “Five Hackers who put a mark on 2006”. Les forums de sécurité s’enflamment et les débats font rage. Est-ce vraiment indétectable ? Comment se protéger ? Faut-il interdire la virtualisation hardware ?

    Microsoft est en panique totale. Leur nouveau Vista, qui devait être le système le plus sécurisé jamais créé, vient d’être compromis par une hackeuse de 25 ans et surtout, Intel n’est pas mieux car leur technologie VT-x, censée améliorer la sécurité, devient soudain une menace. Même AMD essaie de minimiser, publiant un communiqué disant que Blue Pill n’est pas vraiment “indétectable”.

    Mais Joanna ne s’arrête pas là et dans les mois qui suivent, elle publie plus de détails techniques sur son blog The Invisible Things. Elle explique comment Blue Pill fonctionne, les défis techniques qu’elle a dû surmonter. Bien sûr, elle ne publie pas le code source complet (COSEINC garde ça pour leurs trainings), mais elle donne assez d’infos pour que d’autres chercheurs comprennent.

    Et en 2007, la controverse atteint son paroxysme. Trois chercheurs en sécurité de renom, Thomas Ptacek de Matasano Security, Nate Lawson de Root Labs et Peter Ferrie de Symantec, défient publiquement Joanna. Ils prétendent avoir développé des techniques pour détecter Blue Pill et ils lui proposent un duel à Black Hat 2007.

    Leur présentation s’intitule “Don’t Tell Joanna: The Virtualised Rootkit Is Dead”. Ils veulent prouver que Blue Pill n’est pas si indétectable que ça alors ils proposent un challenge : leur détecteur contre le rootkit de Joanna. Que le meilleur gagne !

    Joanna accepte le défi, mais à une condition : Elle demande 384 000 dollars pour participer. Pas par cupidité, mais pour border le projet car ce qu’elle a maintenant, c’est un prototype et pour en faire quelque chose de vraiment “hard to detect”, il faudrait deux personnes à plein temps pendant six mois à 200 dollars de l’heure. Elle et Alexander Tereshkin ont déjà investi quatre mois-personnes et il en faudrait douze de plus pour avoir un vrai rootkit de production.

    Certains disent qu’elle a peur de perdre, d’autres comprennent sa position et que le montant demandé représente le coût réel du développement d’un rootkit de production, et pas juste une preuve de concept académique.

    Finalement, le duel n’aura pas lieu et les deux parties s’accordent sur le fait qu’en l’état actuel, Blue Pill n’est pas prêt pour un tel challenge. Mais les chercheurs présentent quand même leur talk. Joanna et Alexander Tereshkin contre-attaquent avec leur propre présentation, démontrant que les méthodes de détection proposées sont imprécises et facilement contournables.

    En avril 2007, au milieu de cette tempête médiatique, Joanna prend alors une décision qui va changer sa vie. Elle fonde Invisible Things Lab (ITL) à Varsovie. L’idée est simple : créer un laboratoire de recherche indépendant, focalisé sur la sécurité système au plus bas niveau. Pas de produits commerciaux, pas de bullshit marketing. Juste de la recherche [censored] et dure.

    ITL attire rapidement les meilleurs talents. Alexander Tereshkin, un génie russe de la sécurité hardware. Rafał Wojtczuk, un expert polonais des systèmes d’exploitation qui deviendra son bras droit pendant des années. Ensemble, ils forment une dream team de la sécurité offensive. Et leur première cible majeure c’est Intel Trusted Execution Technology (TXT).

    C’est une technologie qui est censée garantir qu’un système démarre dans un état sûr, non compromis. C’est le Saint Graal de la sécurité à savoir un boot de confiance, vérifié par le hardware. Intel en fait la promotion comme LA solution contre les rootkits.

    Alors en janvier 2009, Joanna et Rafał frappent fort et publient une attaque dévastatrice contre Intel TXT. Le point faible c’est le System Management Mode (SMM), un mode d’exécution spécial du processeur qui a plus de privilèges que tout le reste, y compris l’hyperviseur. C’est le ring -2, encore plus profond que le ring -1 de Blue Pill !

    Leur découverte est brillante dans sa simplicité car TXT vérifie l’intégrité du système au démarrage, mais il ne vérifie pas le code SMM. Si un attaquant parvient à infecter le SMM avant le boot, il peut alors survivre au processus de démarrage sécurisé et compromettre le système “de confiance”. Pour prouver leur dires, ils créent un rootkit SMM qui s’installe via une vulnérabilité de cache poisoning et une fois en place, il peut compromettre n’importe quel système, même après un boot TXT “sécurisé”. Ils démontrent ainsi l’attaque en ajoutant une backdoor au hyperviseur Xen.

    Game over pour Intel TXT.

    Intel est furieux. Non seulement leur technologie phare vient d’être cassée, mais Joanna révèle que des employés Intel avaient alerté le management sur cette vulnérabilité dès 2005. Trois ans d’inaction. Trois ans pendant lesquels les clients ont cru être protégés alors qu’ils ne l’étaient pas. C’est un scandale.

    Face au silence d’Intel, Joanna et Rafał décident de leur forcer la main. En mars 2009, ils annoncent qu’ils vont publier le code complet de leur exploit SMM. C’est un coup de poker risqué car publier un exploit aussi puissant pourrait être dangereux, mais c’est le seul moyen de forcer Intel à agir.

    Heureusement, la stratégie fonctionne et Intel se met enfin au boulot pour pondre des correctifs. Mais le problème est complexe car il ne s’agit pas juste de patcher un bug. Il faut repenser toute l’architecture de confiance, développer un “SMM Transfer Monitor” (STM), convaincre les fabricants de BIOS de l’implémenter. Ça va prendre des années.

    Pendant ce temps, Joanna continue d’explorer d’autres angles d’attaque. Elle s’intéresse particulièrement aux attaques physiques. C’est dans ce contexte qu’elle invente un concept qui va entrer dans l’histoire : l’attaque “Evil Maid”.

    L’idée lui vient lors d’un voyage. Elle réalise que même avec le chiffrement intégral du disque, un laptop laissé dans une chambre d’hôtel reste vulnérable. Une femme de chambre malveillante (d’où le nom “Evil Maid”) pourrait booter l’ordinateur sur une clé USB, installer un keylogger dans le bootloader, et capturer le mot de passe de déchiffrement lors du prochain démarrage.

    En 2009, elle publie alors une preuve de concept contre TrueCrypt, le logiciel de chiffrement le plus populaire de l’époque. L’attaque est élégante : une clé USB bootable qui modifie TrueCrypt pour enregistrer le mot de passe. L’utilisateur revient, tape son mot de passe, et hop, il est enregistré sur le disque. L’attaquant n’a plus qu’à revenir pour le récupérer.

    Le terme “Evil Maid attack” entre immédiatement dans le vocabulaire de la sécurité car il capture parfaitement la vulnérabilité fondamentale des appareils laissés sans surveillance. Même avec les meilleures protections logicielles, un accès physique change tout. C’est devenu un classique, au même titre que “man-in-the-middle” ou “buffer overflow”. Mais Joanna ne se contente pas de casser des choses… Elle veut aussi construire et c’est là que naît son projet le plus ambitieux : Qubes OS

    L’idée de Qubes germe depuis longtemps dans son esprit, car après des années à découvrir faille sur faille, elle réalise une vérité fondamentale : aucun système n’est sûr. Il y aura toujours des bugs, toujours des vulnérabilités. La question n’est donc pas “si” mais “quand” un système sera compromis.

    Alors plutôt que d’essayer de créer un système parfait (mission impossible), pourquoi ne pas créer un système qui assume qu’il sera compromis ? Un système où la compromission d’une partie n’affectera pas le reste ? C’est le concept de “security by compartmentalization”, la sécurité par compartimentation.

    En 2010, elle s’associe avec Rafał Wojtczuk et Marek Marczykowski-Górecki pour concrétiser cette vision. Qubes OS est basé sur Xen, un hyperviseur bare-metal mais au lieu d’utiliser Xen pour faire tourner plusieurs OS complets, Qubes l’utilise pour créer des dizaines de machines virtuelles légères, chacune dédiée à une tâche spécifique. Vous voulez surfer sur des sites douteux ? Une VM dédiée isolée. Faire du banking en ligne ? Une autre VM. Travailler sur des documents sensibles ? Encore une autre VM. Chaque VM est isolée des autres, comma ça, si l’une est compromise par un malware, les autres restent safe. C’est loin d’être con !

    Mais Qubes va encore plus loin. Il utilise des VMs spécialisées pour les tâches critiques. NetVM gère uniquement le réseau. USB VM gère les périphériques USB (super dangereux). AudioVM gère le son. Ainsi, même si un driver est compromis, il ne peut pas accéder au reste du système. L’isolation est totale.

    Le développement de Qubes est un défi monumental car il faut repenser toute l’expérience utilisateur. Comment faire pour que l’utilisateur lambda puisse utiliser des dizaines de VMs sans devenir fou ? Comment gérer le copier-coller entre VMs de manière sécurisée ? Comment partager des fichiers sans compromettre l’isolation ?

    Joanna et son équipe passent ainsi deux ans à résoudre ces problèmes. Ils créent des mécanismes élégants pour que tout soit transparent. Les fenêtres des différentes VMs s’affichent sur le même bureau, avec des bordures colorées pour indiquer leur niveau de sécurité (rouge pour non fiable, jaune pour perso, vert pour travail, etc.) et le copier-coller fonctionne, mais de manière contrôlée via des canaux sécurisés.

    Puis le 3 septembre 2012, Qubes OS 1.0 est officiellement lancé. La réaction de la communauté sécurité est mitigée. Certains adorent le concept tandis que d’autres trouvent ça trop complexe, trop lourd, trop paranoïaque. “C’est overkill”, disent certains. “C’est le futur”, répondent d’autres. Mais Joanna a un supporter de poids…

    En 2013, Edward Snowden fuit les États-Unis avec des téraoctets de documents classifiés de la NSA. Pour communiquer avec les journalistes de manière sécurisée, il a besoin d’un système ultra-sécurisé. Son choix ? Qubes OS.

    Le 29 septembre 2016, Snowden tweete : “If you’re serious about security, @QubesOS is the best OS available today. It’s what I use, and free. Nobody does VM isolation better.” Pour Joanna, c’est une validation extraordinaire car si l’homme le plus recherché du monde fait confiance à Qubes pour sa sécurité, c’est que le système fonctionne.

    Le soutien de Snowden propulse Qubes dans la lumière et, d’un coup, tout le monde veut comprendre ce système. Les journalistes qui travaillent sur des sujets sensibles l’adoptent (Laura Poitras, Glenn Greenwald), les activistes l’utilisent, les chercheurs en sécurité aussi.

    Mais Joanna reste humble. “A reasonably secure operating system”, c’est comme ça qu’elle décrit Qubes. Pas “ultra-secure”, pas “unbreakable”. Juste “reasonably secure”. Cette humilité, cette reconnaissance des limites, c’est ce qui fait la force de son approche car elle sait qu’aucun système n’est parfait.

    Au fil des ans, Qubes continue d’évoluer. Version 2.0 en 2014, 3.0 en 2015, 4.0 en 2018. Chaque version apporte des améliorations, des raffinements et l’équipe grandit. La communauté aussi. Qubes devient une référence dans le monde de la sécurité, utilisé par ceux qui ont vraiment besoin de protection.

    Mais Joanna a une philosophie qui la distingue des autres, car elle refuse catégoriquement de déposer des brevets. “I proudly hold 0 (zero) patents”, affirme-t-elle sur ses réseaux. Pour elle, les brevets sont antithétiques à la sécurité et la sécurité doit être ouverte, vérifiable, accessible à tous et surtout pas enfermée dans des coffres légaux.

    Cette philosophie s’étend à sa vision de la liberté individuelle.

    I strongly believe that freedom of individuals is the most important value,

    dit-elle car pour elle, la sécurité informatique n’est pas une fin en soi. C’est un moyen de préserver la liberté, de permettre aux individus de faire des choix, de protéger leur vie privée contre les États et les corporations.

    En octobre 2018, après neuf ans à la tête de Qubes et d’ITL, Joanna surprend tout le monde. Elle annonce qu’elle prend un congé sabbatique. Elle veut explorer de nouveaux horizons, réfléchir à la suite. Qubes est entre de bonnes mains avec Marek Marczykowski-Górecki qui prend la relève.

    Sa décision est mûrement réfléchie.

    These are very important problems, in my opinion, and I’d like to work now on making the cloud more trustworthy, specifically by limiting the amount of trust we have to place in it,

    explique-t-elle. Après avoir sécurisé les endpoints, elle veut maintenant s’attaquer au cloud.

    Nouvelle surprise : Joanna rejoint Golem, un projet de blockchain visant à créer un “ordinateur décentralisé”. Elle devient Chief Strategy Officer et Chief Security Officer. Son passage de la sécurité des endpoints à la blockchain surprend beaucoup de monde. “Qu’est-ce qu’elle va faire dans la crypto ?”, se demandent certains.

    Mais pour Joanna, c’est une évolution logique car après avoir passé des années à sécuriser des systèmes individuels, elle veut maintenant s’attaquer à la sécurité des systèmes distribués. Comment sécuriser un ordinateur composé de milliers de machines appartenant à des inconnus ? Comment garantir la confidentialité dans un système décentralisé ?

    En juillet 2019, la Golem Foundation commence alors ses opérations et Joanna devient “Long-term navigator and Wildland chief architect”. Son projet le plus ambitieux chez Golem c’est Wildland, un système de fichiers décentralisé qui veut libérer les données des silos des GAFAM. L’idée de Wildland c’est de permettre aux utilisateurs de stocker leurs données où ils veulent (Amazon S3, Dropbox, leur propre serveur, IPFS…) tout en ayant une interface unifiée. Plus besoin de se souvenir où est stocké quoi. Plus de vendor lock-in. Vos données vous appartiennent vraiment.

    Et surtout, Wildland va plus loin que le simple stockage. Il introduit des concepts innovants comme la “multi-catégorisation” (un fichier peut appartenir à plusieurs catégories simultanément) et le “cascading addressing” (possibilité de créer des hiérarchies complexes sans point central de confiance). C’est de la décentralisation pragmatique.

    What we believe we do in a non-standard way is we are more pragmatic,

    explique Joanna.

    We don’t tell the user: ditch any kind of data centers you use and only use a P2P network. We say: use anything you want.

    Cette approche pragmatique, c’est du pur Joanna.

    Le 24 juin 2021, Wildland 0.1 est lancé lors d’un meetup à Varsovie. Joanna présente le projet :

    Wildland containers are similar to Docker containers, except that dockers are for code, and Wildland containers can store any type of information.

    L’accueil est positif mais mesuré. Le projet est ambitieux, peut-être trop.

    Pour Joanna, Wildland représente la suite logique de son travail sur Qubes. Si Qubes compartimente l’exécution pour la sécurité, Wildland compartimente les données pour la liberté. Les deux ensemble offrent une vision d’un futur où les utilisateurs reprennent le contrôle de leur vie numérique.

    Aujourd’hui, Joanna continue son travail sur les systèmes décentralisés. Elle reste conseillère pour Qubes OS, participe aux décisions stratégiques et sur son profil GitHub, ces 2 mots résument sa philosophie : “Distrusts computers.” Cette méfiance fondamentale envers la technologie, paradoxale pour quelqu’un qui y a consacré sa vie, est en fait sa plus grande force.

    C’est parce qu’elle ne fait pas confiance aux ordinateurs qu’elle peut les sécuriser. C’est parce qu’elle comprend leurs failles qu’elle peut les protéger. C’est parce qu’elle sait qu’ils nous trahiront qu’elle construit des systèmes qui limitent les dégâts.

    Elle a montré que la virtualisation pouvait être une arme avec Blue Pill. Elle a prouvé qu’aucun système n’est inviolable avec ses attaques contre Intel TXT. Elle a inventé des concepts comme l’Evil Maid attack qui font maintenant partie du vocabulaire de base. Mais surtout, elle a créé Qubes OS, un système qui protège les plus vulnérables. Journalistes, activistes, lanceurs d’alerte… Tous ceux qui ont vraiment besoin de sécurité utilisent Qubes. C’est son œuvre majeure, sa contribution la plus importante à la liberté numérique.

    Elle incarne aussi une certaine éthique du hacking. Pas le hacking pour la gloire ou l’argent (elle aurait pu se faire des millions avec des brevets), mais le hacking comme outil de liberté. Le hacking comme moyen de reprendre le contrôle. Le hacking comme acte de résistance contre les systèmes opaques et les monopoles technologiques.

    Aujourd’hui, Joanna continue d’écrire, de chercher et de construire. Ses articles sur “Intel x86 Considered Harmful” et “State Considered Harmful” proposent des visions radicales de ce que pourrait être l’informatique. Un monde sans état persistant, sans les architectures x86 legacy, sans les compromis du passé.

    Des rêves impossibles ? Peut-être pas…

    – Sources :

    Wikipedia - Joanna Rutkowska, Wikipedia - Blue Pill, The Invisible Things Blog, Black Hat 2006 - Blue Pill Presentation, Qubes OS Official Website, Edward Snowden Twitter, Wildland Project, Invisible Things Lab

    https://korben.info/joanna-rutkowska-blue-pill-qubes-os-histoire-complete.html

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    C’est pas nouveau que l’intelligence rend vulnérable, valable aussi pour les humains.

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    Aujourd’hui, pour ma série de l’été, je vais vous raconter l’histoire complètement dingue de Marcus Hutchins, le britannique qui a sauvé le monde d’une catastrophe et ça lui a coûté seulement 10,69 dollars. Mais attention, ce n’est pas juste l’histoire d’un héros. C’est aussi celle d’un ancien créateur de malware, d’exploits volés à la NSA, de hackers nord-coréens, et d’un kill switch découvert par accident un vendredi après-midi de mai 2017.

    Du héros au criminel, du criminel au héros, l’histoire de Marcus Hutchins ressemble à un scénario de film qu’Hollywood n’oserait même pas écrire tellement c’est gros. Accrochez-vous, car on va explorer ensemble comment un surfeur de 22 ans vivant chez ses parents a stoppé la plus grande cyberattaque de l’histoire… avant de se faire coffrer par le FBI trois mois plus tard.


    – Marcus Hutchins, alias MalwareTech - Le hacker qui a sauvé Internet

    Marcus Hutchins naît le 2 juin 1994 à Bracknell, une ville tranquille du Berkshire, en Angleterre. Sa famille déménage ensuite à Ilfracombe, une petite station balnéaire du Devon où il passe son enfance. Un coin paumé du sud-ouest anglais où il ne se passe pas grand-chose… le genre d’endroit où un gamin intelligent peut vite s’ennuyer et chercher des trucs à faire sur Internet.

    Dès l’âge de 6 ans, Marcus montre des signes d’une intelligence au-dessus de la moyenne. Il apprend à lire tout seul, dévore les livres, et se passionne pour les ordinateurs dès qu’il peut en toucher un. Mais socialement, c’est compliqué. Marcus est le genre de gosse brillant mais inadapté, celui qui préfère passer ses récréations à coder plutôt qu’à jouer au foot avec les autres. Il souffre de TDAH non diagnostiqué, ce qui complique encore plus son intégration sociale.


    – Ilfracombe, Devon - Où tout a commencé pour le futur MalwareTech

    À 13 ans, Marcus découvre le hacking et pas par hasard. Il cherche des moyens de contourner les restrictions parentales sur son ordinateur, pour accéder à des sites bloqués… bref, les trucs classiques d’un ado curieux. Il tombe alors sur HackForums et d’autres communautés underground, et là, c’est la révélation. Il découvre un monde où son intelligence et sa curiosité sont valorisées, et où être différent est un atout.

    Marcus commence doucement. Il apprend le C++, le Python, l’assembleur. Il passe ses nuits sur les forums, absorbe tout ce qu’il peut sur la sécurité informatique. À 14 ans, il écrit déjà ses premiers exploits et commence à se faire un nom dans la communauté sous le pseudo MalwareTech. Ses parents s’inquiètent de le voir passer autant de temps devant son écran, mais bon, au moins il ne traîne pas dans la rue, pas vrai ?

    Entre 14 et 16 ans, Marcus plonge de plus en plus profondément dans le monde du malware. Il commence par analyser des virus existants, les désassemble, comprend comment ils fonctionnent. Puis il se met à créer ses propres outils. Rien de méchant au début, juste des proof-of-concept pour impressionner ses potes sur les forums.

    Mais rapidement, la frontière entre l’expérimentation et la criminalité devient floue. Marcus commence à vendre ses créations sur des forums underground. Un rootkit par-ci, un crypter par-là. Il se fait de l’argent de poche en créant des outils que d’autres utilisent pour des activités criminelles. Pour lui, c’est juste un jeu, un moyen de prouver ses compétences et de gagner un peu d’argent.

    En 2012, à 18 ans, Marcus développe ce qui deviendra son plus gros problème : UPAS Kit, un malware sophistiqué capable de voler des informations bancaires. Il vend le code source pour quelques milliers de dollars à un acheteur anonyme sur un forum russe. L’argent c’est cool, et Marcus ne pense pas vraiment aux conséquences. C’est là qu’il rencontre “Vinny”, un cybercriminel expérimenté qui voit le potentiel du code de Marcus.

    Entre 2012 et 2015, Marcus et Vinny développent Kronos, une version améliorée d’UPAS Kit. Kronos est un cheval de Troie bancaire redoutable, capable d’intercepter les identifiants bancaires, de contourner l’authentification à deux facteurs, et de voler des millions. Marcus code, Vinny vend. Le malware se retrouve alors sur AlphaBay et d’autres marchés du dark web, vendu 7000 dollars la licence. Comme Zeus avant lui, Kronos utilise une combinaison de keylogging et d’injection web pour voler les identifiants bancaires directement depuis les sessions de navigation.


    – Le code source de Kronos - L’erreur de jeunesse qui coûtera cher

    Mais en 2015, Marcus a une prise de conscience. Il réalise que son code est utilisé pour ruiner de vraies personnes, voler leurs économies, détruire des vies. Il décide donc d’arrêter, il coupe les ponts avec Vinny, abandonne ses activités criminelles, et décide de passer du côté lumineux de la Force.

    Marcus lance alors le blog MalwareTech.com et commence à publier des analyses détaillées de malwares. Ses articles sont brillants, techniques, et il est rapidement remarqués par la communauté de la cybersécurité. En 2016, il décroche alors un job chez Kryptos Logic, une boîte de cybersécurité basée à Los Angeles. Pour la première fois de sa vie, Marcus a un vrai travail, légal, où ses compétences sont utilisées pour protéger plutôt que pour attaquer.

    Personne ne sait rien de son passé. Pour tous, MalwareTech est juste un jeune chercheur talentueux qui a appris sur le tas. Marcus garde son secret, espère que son passé ne le rattrapera jamais. Il travaille dur, publie des recherches de qualité, aide à stopper des campagnes de malware. La rédemption semble à portée de main.


    – Le siège de la NSA - D’où vont fuiter les cyberarmes

    Pendant que Marcus reconstruit sa vie, de l’autre côté de l’Atlantique, la NSA développe ses propres outils. Parmi eux, un exploit particulièrement vicieux baptisé EternalBlue. Cet exploit exploite une vulnérabilité dans le protocole SMBv1 de Windows, permettant d’exécuter du code à distance sur n’importe quelle machine Windows vulnérable, sans aucune interaction de l’utilisateur.

    EternalBlue, c’est la Rolls-Royce des exploits. Vous êtes connecté au même réseau qu’une machine vulnérable ? Boum, vous pouvez la contrôler. C’est l’outil parfait pour l’espionnage. Le problème, c’est que la NSA garde cet exploit secret pendant des années. Au lieu de prévenir Microsoft pour qu’ils corrigent la faille, ils préfèrent garder leur jouet pour leurs opérations.

    En 2016, un groupe mystérieux appelé les Shadow Brokers fait son apparition. Personne ne sait vraiment qui ils sont… des hackers russes ? Des insiders de la NSA ? Le mystère reste entier. Ce qui est sûr, c’est qu’ils ont mis la main sur les outils de l’équipe d’élite de la NSA, l’Equation Group.

    Les Shadow Brokers tentent d’abord de vendre ces outils aux enchères pour 1 million de bitcoins. Personne ne mord à l’hameçon. Le 14 avril 2017, frustrés de ne pas avoir trouvé d’acheteurs, ils balancent tout gratuitement sur Internet. Dans le lot : EternalBlue, DoublePulsar, et une collection d’autres cyberarmes. C’est comme si quelqu’un venait de publier les plans d’une bombe atomique numérique.

    Microsoft avait été prévenu alors un mois avant la publication par les Shadow Brokers, le 14 mars 2017, ils sortent le patch MS17-010. La faille est corrigée pour toutes les versions de Windows encore supportées. Mais voilà le problème… des millions de machines tournent encore sous Windows XP, Windows Server 2003, des systèmes qui ne reçoivent plus de mises à jour depuis des années. Et puis y’a tous ceux qui ne patchent jamais.

    Quelque part en Corée du Nord, le Lazarus Group voit une opportunité. Ces hackers d’élite du régime de Kim Jong-un (les mêmes qui ont hacké Sony Pictures en 2014 et volé 81 millions à la banque du Bangladesh en 2016) décident d’utiliser EternalBlue pour créer quelque chose de nouveau : un ransomware capable de se propager tout seul.

    Le 12 mai 2017, à 7h44 UTC, l’attaque commence et les premières victimes sont en Asie, probablement parce que l’attaque a été lancée pendant les heures de bureau là-bas. WannaCry (aussi appelé WannaCrypt, WanaCrypt0r 2.0, ou Wanna Decryptor) n’est pas un ransomware ordinaire. C’est un ver qui scanne le réseau local et Internet à la recherche d’autres victimes vulnérables sur le port 445 (SMB).


    – L’écran de la mort WannaCry - “Oops, your files have been encrypted!”

    Le ransomware chiffre les fichiers de la victime avec un algorithme RSA-2048. Les documents, photos, vidéos, tout y passe, puis il affiche son fameux écran rouge demandant 300$ en Bitcoin, doublé à 600$ après trois jours. Si vous ne payez pas dans la semaine, vos fichiers sont perdus pour toujours. Mais le plus vicieux, c’est la vitesse de propagation car chaque machine infectée devient immédiatement un nouveau vecteur d’infection. Une machine en infecte dix, qui en infectent cent, qui en infectent mille…

    En quelques heures, c’est la panique mondiale. En Espagne, Telefónica est touché, en Russie, c’est le ministère de l’Intérieur qui est frappé avec plus de 1000 ordinateurs infectés. FedEx est paralysé, leur filiale TNT Express doit revenir aux opérations manuelles et Renault doit arrêter la production dans plusieurs usines.

    Mais c’est au Royaume-Uni que l’impact est le plus dramatique. Le NHS, le service de santé public britannique, est frappé de plein fouet. 81 des 236 fiducies du NHS sont touchés ainsi que plus de 595 cabinets de médecins généralistes. Les conséquences sont immédiates et terrifiantes.


    – Les hôpitaux britanniques paralysés par WannaCry

    Les médecins ne peuvent plus accéder aux dossiers des patients, les systèmes de rendez-vous sont hors service, les résultats de tests sanguins, inaccessibles. Les scanners et IRM dans certains hôpitaux ne fonctionnent plus. Des ambulances doivent être détournées vers d’autres hôpitaux. 19 000 rendez-vous sont annulés, des opérations non urgentes reportées. Le coût pour le NHS est de 92 millions de livres sterling soit 20 millions en perte d’activité immédiate et 72 millions pour restaurer les systèmes.

    Un médecin raconte :

    C’était le chaos total. On avait des Post-it partout pour noter les informations vitales. On faisait des allers-retours entre les services pour transmettre les résultats de tests à la main. C’était comme revenir 30 ans en arrière, mais sans y être préparé.

    Pendant ce temps, à Ilfracombe dans le Devon, Marcus Hutchins se réveille. Il est en vacances, censé se détendre et faire du surf. Mais les alertes sur son téléphone lui disent que quelque chose de grave se passe. Marcus a maintenant 22 ans, et il travaille depuis sa chambre d’enfance sur un setup à trois écrans. Il interrompt son déjeuner et se met au travail.

    Marcus télécharge un échantillon du malware et le fait tourner dans une sandbox, et là, il remarque quelque chose d’étrange. Avant de chiffrer les fichiers, le malware essaie de contacter un domaine : iuqerfsodp9ifjaposdfjhgosurijfaewrwergwea[.]com. Un nom de domaine complètement random, 42 caractères de charabia. Marcus vérifie et constate que le domaine n’existe pas.

    Par curiosité professionnelle et réflexe d’analyse, Marcus décide alors d’enregistrer le domaine pour tracker l’infection. Ça lui coûte 10,69 dollars sur NameCheap et il configure quelques serveurs pour logger les connexions, une pratique courante appelée “sinkholing”. Et à 15h03 UTC, le domaine est actif.

    Ce que Marcus ne réalise pas immédiatement, c’est qu’il vient de sauver le monde. En enregistrant ce domaine, il a activé sans le savoir le “kill switch” de WannaCry car le malware était programmé pour s’arrêter si ce domaine existait.

    Pourquoi ce kill switch ? La théorie la plus probable c’est que c’était un mécanisme d’anti-analyse. Les sandboxes répondent souvent positivement à toutes les requêtes DNS pour tromper les malwares. Comme ça, si le domaine existe, WannaCry pense qu’il est dans une sandbox et s’arrête pour ne pas révéler son comportement aux chercheurs. Sauf que cette fois, c’est dans le monde réel qu’il obtient une réponse.


    – 10,69$ - Le prix pour sauver le monde

    Marcus publie immédiatement ses découvertes sur Twitter et son blog. Il écrit :

    Je dois avouer que je ne savais pas qu’enregistrer le domaine stopperait le malware jusqu’à ce que je l’enregistre, donc au départ c’était accidentel.

    La nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Un inconnu vient de stopper la plus grande cyberattaque de l’histoire !

    Comme d’hab, les médias s’emballent. Mais qui est ce mystérieux @MalwareTechBlog ? Les journalistes britanniques ne mettent pas longtemps à découvrir l’identité de Marcus et le Daily Mail titre :

    Le surfeur qui a sauvé le monde.

    Des reporters campent devant la maison de ses parents et Marcus doit escalader la clôture du jardin pour aller chercher à manger sans se faire harceler.

    L’impact de la découverte de Marcus est énorme car sans le kill switch, WannaCry aurait continué à se propager pendant des jours, voire des semaines, infectant potentiellement des millions de machines supplémentaires. Les dégâts, déjà estimés à 4-8 milliards de dollars au global, auraient pu être dix fois pires. Des vies ont littéralement été sauvées.

    Mais le répit est de courte durée et les créateurs de WannaCry tentent de contre-attaquer avec de nouvelles variantes utilisant des kill switches différents. Les chercheurs en sécurité jouent alors au chat et à la souris, enregistrant chaque nouveau domaine. Le 19 mai, quelqu’un tente même d’utiliser un botnet Mirai pour attaquer le domaine de Marcus en DDoS, espérant le faire tomber et réactiver WannaCry. Marcus bascule sur CloudFlare et le kill switch tient bon.

    Les autorités du monde entier cherchent les coupables. Les indices pointent rapidement vers la Corée du Nord car le code de WannaCry partage des similitudes avec d’autres malwares du Lazarus Group. En décembre 2017, les États-Unis et le Royaume-Uni accusent officiellement la Corée du Nord, puis en septembre 2018, le département de la Justice américain inculpe Park Jin Hyok, un programmeur nord-coréen travaillant pour Chosun Expo, une société front du renseignement militaire.

    L’aspect financier de WannaCry est particulièrement pathétique. Pour une attaque d’une telle ampleur, seulement environ 1000 victimes ont payé la rançon, pour un total de 140 000 dollars en Bitcoin. Pourquoi si peu ? Et bien le système de paiement était mal conçu… Il n’y avait pas pas de mécanisme automatique pour identifier qui avait payé. C’est con ! Et surtout, pour une fois, les gens ont écouté les experts qui déconseillaient de payer.

    Marcus devient alors une célébrité malgré lui. La BBC, CNN, le Guardian, tous veulent l’interviewer et il refuse la plupart des demandes, mal à l’aise avec l’attention médiatique. Sur Twitter, ses followers explosent, la communauté de la cybersécurité le félicite, les entreprises veulent l’embaucher, mais Marcus sait que quelque part, son passé est toujours là, tapi dans l’ombre.


    – DEF CON 2017 - Le début de la fin pour Marcus

    En juillet 2017, Marcus décide d’aller à DEF CON à Las Vegas. C’est la Mecque des hackers, l’endroit où toute la communauté se retrouve chaque année. Pour Marcus, c’est l’occasion de rencontrer en personne des gens qu’il ne connaît que par pseudos interposés, et surtout de célébrer son statut de héros de WannaCry.

    La conférence se passe bien, Marcus donne des talks, participe à des panels, fait la fête avec d’autres chercheurs. Pour la première fois depuis longtemps, il se sent accepté, faire partie d’une communauté. Le 3 août 2017, dernier jour de la conférence, Marcus fait ses bagages à l’hôtel. Il prend un Uber pour l’aéroport McCarran, check-in ses bagages, passe la sécurité.

    Et c’est là que tout bascule. Plusieurs agents du FBI l’entourent près de sa porte d’embarquement. “Marcus Hutchins ?” Il confirme. Ils lui montrent leurs badges, lui demandent de les suivre. Marcus sent son sang se glacer car il sait immédiatement pourquoi ils sont là : Kronos. Son passé vient de le rattraper.

    Les agents l’emmènent dans une salle d’interrogatoire de l’aéroport. Ils lui lisent ses droits de garder le silence et d’avoir un avocat (ça s’appelle les droits Miranda), lui expliquent qu’il est arrêté pour conspiration en vue de commettre des fraudes informatiques. Marcus demande un avocat, refuse de parler et les agents confisquent son matériel : Laptop, téléphones, et tout son équipement de chercheur en sécurité.


    – L’aéroport de Las Vegas - Où notre héros devient un suspect

    Marcus est alors transféré dans une prison fédérale du Nevada. Pour le gamin d’Ilfracombe qui n’avait jamais eu d’ennuis avec la justice, c’est le choc total. Il partage une cellule avec des criminels endurcis, et découvre la réalité brutale du système carcéral américain. Le héros de WannaCry est maintenant un détenu fédéral.

    L’arrestation de Marcus fait l’effet d’une bombe dans la communauté de la cybersécurité. Comment le héros de WannaCry peut-il être un criminel ? Quand les détails de l’accusation sortent, à savoir la création d’UPAS Kit en 2012 et de Kronos entre 2012 et 2015, c’est la stupéfaction. Un mouvement de soutien s’organise et une cagnotte pour ses frais d’avocat récolte des centaines de milliers de dollars en quelques jours.

    Après quelques jours en détention, Marcus est finalement libéré sous caution d’une valeur de 30 000 dollars et les conditions sont assez strictes : bracelet électronique GPS, interdiction de quitter le pays, couvre-feu, et limitation de l’usage d’Internet. Il s’installe à Los Angeles chez un ami, commence une longue bataille juridique qui durera presque deux ans.

    La stratégie de défense de Marcus est très compliquée car les preuves contre lui sont accablantes. En effet, le FBI a des logs de conversations, des traces de paiements, des échantillons de code. Difficile de nier avoir créé Kronos. Il est donc d’abord inculpé pour six chefs d’accusation, puis voit quatre charges supplémentaires ajoutées, incluant la création d’UPAS Kit et des mensonges au FBI. Il risque jusqu’à 40 ans de prison.

    Pendant près de deux ans, Marcus vit dans les limbes juridiques. Il continue à travailler pour Kryptos Logic depuis Los Angeles, publie des recherches, analyse des malwares. Mais le bracelet électronique à sa cheville lui rappelle constamment que sa liberté est provisoire. Il ne peut pas rentrer en Angleterre voir sa famille et la pression psychologique est énorme. Marcus souffre de dépression, d’anxiété et il pense parfois au suicide.

    Le 2 mai 2019, Marcus prend une décision difficile : plaider coupable. Ses avocats ont négocié un deal. S’il plaide coupable pour 2 chefs d’accusation à savoir conspiration en vue de commettre des fraudes informatiques et création d’un dispositif d’interception de communications, en échange, ce sont huit autres charges qui sont abandonnées.

    Dans sa déclaration au tribunal, Marcus assume pleinement ses actes.

    Je regrette profondément mes actions et j’accepte l’entière responsabilité de mes erreurs

    Il explique comment il a créé UPAS Kit et Kronos entre 2012 et 2015, comment il a travaillé avec Vinny pour vendre le malware.

    Le 26 juillet 2019, jour du jugement. La salle d’audience est pleine. Marcus, en costume, fait face au juge J.P. Stadtmueller. Les procureurs demandent une peine de prison. La défense plaide la clémence, rappelant que Marcus a arrêté de lui-même ses activités criminelles, et qu’il a littéralement sauvé le monde de WannaCry.


    – Le jour du jugement - 26 juillet 2019

    Puis vient le moment où le juge Stadtmueller prend la parole. Et là, surprise. Le juge reconnaît la gravité des crimes de Marcus, mais aussi l’importance de ses contributions positives.

    Il faudra des gens avec vos compétences pour trouver des solutions,

    dit-il à Marcus,

    parce que c’est la seule façon d’éliminer ce problème des protocoles de sécurité terriblement inadéquats.

    Le verdict tombe : time served (peine purgée) et un an de liberté surveillée. Pas de prison supplémentaire. Marcus n’en croit pas ses oreilles. La salle d’audience explose en applaudissements. Pour la première fois depuis son arrestation, il peut enfin respirer. Le juge ajoute que Marcus devra probablement retourner au Royaume-Uni et qu’il n’est pas certain qu’il puisse revenir aux États-Unis.

    En juillet 2020, sa liberté surveillée prend fin. Marcus retourne enfin au Royaume-Uni, retrouve sa famille à Ilfracombe après trois ans d’absence forcée. C’est un retour doux-amer. Il est libre, mais sa vie a été bouleversée. Il a perdu trois ans, sa santé mentale est fragile, son futur incertain. Il ne peut plus voyager aux États-Unis, limitant ses opportunités professionnelles.


    – Juillet 2020 - Le retour au pays après trois ans d’exil forcé

    Mais Marcus est résilient. Il relance son blog MalwareTech.com, reprend ses analyses de malware, publie des recherches de pointe. Il devient consultant en cybersécurité, travaille avec des entreprises pour améliorer leur sécurité. Doucement, il reconstruit sa vie et sa carrière.

    Aujourd’hui, en 2025, Marcus Hutchins est devenu une figure respectée de la cybersécurité mondiale. Il travaille toujours pour Kryptos Logic, publie régulièrement des analyses techniques pointues. Ses recherches sur les vulnérabilités Windows, les techniques de contournement d’EDR, et les malwares sophistiqués sont lues par des milliers de professionnels.


    – Le site de Marcus

    Dans ses écrits récents, Marcus réfléchit souvent sur son parcours. > Si je pouvais revenir en arrière, je ferais les choses différemment

    Mais je ne peux pas changer le passé. Tout ce que je peux faire, c’est utiliser mes compétences pour le bien, aider à protéger les gens contre les menaces que j’ai aidé à créer.

    L’impact de WannaCry a montré notre vulnérabilité collective à savoir des infrastructures critiques tournant sur des systèmes obsolètes, des entreprises qui ne patchent pas, et une dépendance totale à des systèmes informatiques sans plan B. Cependant, il faut noter que Microsoft a réagi de manière remarquable puisque le lendemain de l’attaque, ils ont fait quelque chose d’inédit : publier des patchs gratuits pour Windows XP, Windows 8 et Windows Server 2003, des systèmes “end-of-life” depuis des années.

    Et WannaCry n’était que le début car un mois plus tard, NotPetya frappe, utilisant aussi EternalBlue mais causant encore plus de dégâts. Aujourd’hui, en 2025, EternalBlue est toujours actif et 8 ans après, des millions de machines restent vulnérables. C’est déprimant mais c’est la réalité…

    Voilà l’histoire complète de Marcus Hutchins… Une histoire de chute et de rédemption qui montre que dans la vie, rien n’est jamais simple, rien n’est jamais définitif.

    – Sources :

    Marcus Hutchins - Wikipedia, WannaCry ransomware attack - Wikipedia, DOJ - Marcus Hutchins Pleads Guilty, Krebs on Security - Marcus Hutchins Pleads Guilty, MalwareTech Blog, WannaCry cost NHS £92m, NAO - WannaCry cyber attack and the NHS, How to Accidentally Stop a Global Cyber Attack, CyberScoop - Marcus Hutchins Sentenced, Cloudflare - WannaCry Ransomware

    https://korben.info/marcus-hutchins-malwaretech-wannacry-histoire.html

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    @Raccoon a dit dans [Dossier] Ross Ulbricht (Silk Road) : L'histoire du Dread Pirate Roberts qui a démocratiser le dark web :

    Je ne savais que le mec avait commandité les assassinats de plusieurs personnes.

    Et ouai, le flouze et la flippe lui ont monter à la teuté 😉

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    @michmich a dit dans [Dossier] LockBit : L'empire russe tombé à cause d'une simple faille PHP :

    Bien fait pour leur gueule, si ça pouvait seulement continuer de tomber (le reste)! :ahah:

    Le problème, c’est que ça repousse vite ces petites bébêtes !