Entre les selfies trop parfaits et les promesses de grand amour, les faux profils IA et bots pullulent sur Tinder ou Meetic. Face à cette menace, les plateformes multiplient les outils de vérification pour protéger les utilisateurs.
L’essentiel
- Les applications de rencontre font face à une explosion de faux profils générés par l’intelligence artificielle. Ces derniers sont utilisés pour des arnaques à l’amour de plus en plus sophistiquées.
- Face à ce constat, le plus grand groupe des applis de rencontre, Match Group, mène une lutte importante en supprimant en moyenne 44 comptes spam par minute.
- Pour protéger les célibataires, les plateformes multiplient les vérifications pour prouver l’authenticité des profils et éviter à un usager de tomber sur un brouteur, comme Anne.
C’est le « match » parfait. Une mâchoire dessinée ou une belle chevelure blonde, un regard perçant, une description qui coche les cases les plus populaires des applis… Mais derrière ce profil idéal se cache peut-être une réalité bien moins romantique : une suite de 0 et 1. L’intelligence artificielle, qui s’immisce déjà partout a franchi la porte de notre intimité. Et sur les applications de rencontre, elle n’est pas vraiment là pour vous aider à trouver l’élue ou l’élu de votre cœur.
Antoine, 29 ans, en a fait son quotidien. Ce célibataire albigeois depuis six mois, qui parcourt les applications « avec l’espoir de faire une rencontre », s’est transformé malgré lui en expert. « Je pense qu’au moins une fois par jour, j’ai un profil 100 % IA avec des phrases random, sans aucune personnalité… Ça se voit en plus, c’est même pas si bien fait. Je les signale bien évidemment mais c’est devenu franchement relou », confie-t-il à 20 Minutes.
« Les beaux mecs, je m’en méfiais déjà »
Le problème, c’est que l’IA a rendu l’arnaque accessible à tous. Plus besoin d’être un génie du montage photo ou de voler les clichés d’une célébrité comme le brouteur d’Anne piégée dans une histoire d’amour et d’argents avec « Brad Pitt ». Des logiciels génèrent désormais des visages humains et un véritable profil à la recherche de l’amour, capables de tromper un œil ou un cœur non-averti.
Pauline, 32 ans, récemment divorcée, confirme cette méfiance généralisée : « Les beaux mecs, je m’en méfiais déjà sur les applis quand j’étais plus jeune parce que souvent c’étaient des photos volées, mais là encore plus ! Heureusement, je sais reconnaître une photo IA, notamment les détails bizarres sur les mains ou l’arrière-plan, donc je ne tombe pas dans le piège. Mais ma tante, qui est sur un site pour seniors, je ne suis pas sûre qu’elle sache faire la différence. »
44 comptes spam supprimés toutes les minutes
Face à cette menace, les plateformes ne restent pas les bras croisés. Match Group, le géant qui détient Tinder, Meetic, Hinge ou encore DisonsDemain, mène une guerre de l’ombre contre les « bots ». Les chiffres communiqués à 20 Minutes donnent le tournis : en moyenne, 44 comptes spam sont supprimés chaque minute sur l’ensemble de ses plateformes. Entre janvier et mars de cette année, ce sont près de 5 millions de bots et comptes spam qui ont été éjectés, souvent avant même d’avoir pu envoyer leur premier « Salut, ça va ? ». Le but ? Bloquer ces profils dès l’inscription pour éviter que l’utilisateur ne soit exposé au moindre risque. Car derrière ces robots se cachent souvent des réseaux de cybercriminalité bien réels.
Aux États-Unis, la Federal Trade Commission (FTC) estime que ces arnaques sentimentales génèrent des millions de dollars de pertes chaque année. En France, la tendance est tout aussi inquiétante. En 2024, le numéro d’aide aux victimes (le 116 006) a reçu 957 appels pour des escroqueries sentimentales, soit près de 3 appels par jour. C’est un chiffre en forte hausse depuis cinq ans, prouvant que les « brouteurs » et autres escrocs du sentiment ont trouvé dans l’IA un allié de poids.
Une campagne nationale pour sensibiliser contre les bots et l’IA
Pour contrer cette vague d’IA, Tinder s’est associé à France Victimes et au gouvernement français pour lancer une campagne nationale baptisée « Les Faux de l’Amour ». L’idée : éduquer les célibataires à repérer les « red flags » d’un faux profil IA qui cache un arnaqueur.
« On incite les utilisateurs à être attentifs à certains comportements types », explique-t-on chez Tinder. Parmi eux : la volonté de quitter l’application très rapidement pour passer sur WhatsApp ou Telegram, des promesses grandioses après seulement deux échanges, ou encore des excuses systématiques (problème de caméra, déplacement d’urgence) pour ne jamais se rencontrer en personne ou faire un appel vidéo.
Plusieurs vérifications pour éviter les faux profils
Mais la pédagogie ne suffit pas toujours. Tinder, notamment, assure avoir déployé plus de 20 outils de sécurité en trois ans. Le tout concentré sur la vérification : par la photo, déjà, permettant de confirmer que l’utilisateur est bien celui qu’il prétend être en comparant les photos de son profil avec une série de selfies pris en direct. Ensuite, la vérification par selfie vidéo pour prouver que le profil n’est pas un montage et enfin, depuis avril 2025, la vérification d’identité. Les utilisateurs vérifiés peuvent désormais choisir de ne recevoir des messages que de la part d’autres profils vérifiés. Une manière de filtrer drastiquement les indésirables sur le papier.
Des outils et des aides de plus en plus consultées
Désormais, donc, dès l’inscription, le ton est donné. Avant de pouvoir « swiper », l’utilisateur doit accepter un code de conduite et de vérification strict. Un « Centre de sécurité éducatif » est également accessible directement dans l’application, fournissant des ressources et des contacts d’associations. Et ça marche : le taux de consultation des conseils de sécurité a bondi de 57 %, selon Tinder France.
Pourtant, malgré ces barrières technologiques et ces aides, le risque zéro n’existe pas. Un arnaqueur aguerri peut très bien passer les étapes de vérifications avant de transformer complètement son profil en IA… En attendant le match parfait, la règle d’or reste la même que dans la vraie vie : si c’est trop beau pour être vrai, c’est probablement que ça ne l’est pas.
Source: https://www.20minutes.fr/societe/4217090-20260410-arnaque-amour-si-bien-fait-quand-ia-bots-invitent-applis-rencontre