Ubisoft, le géant français du jeu vidéo, confronté à trois jours de grève
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Les représentants du personnel de l’éditeur de jeux vidéo contestent le plan de départ volontaire de 200 employés en France, la vaste réorganisation du groupe et des annulations de projets en série.

« Assassin’s Creed : Shadows », jeu d’aventure d’Ubisoft dont l’action se situe au Japon à l’époque médiévale, est sorti le 20 mars 2025. UBISOFTLes syndicats français d’Ubisoft appellent à une grève « massive et internationale », du 10 au 12 février, touchant l’ensemble des salariés du spécialiste français des jeux vidéo. L’appel a été lancé le 27 janvier, après l’annonce par la direction d’une vaste réorganisation jugée brutale par les représentants du personnel. Au cœur des tensions : l’annulation de projets, la remise en cause du télétravail et un plan de départs volontaires de 200 employés de son siège de Saint-Mandé (Val-de-Marne), soit 5 % de ses effectifs en France.
Le mouvement commencera mardi 10 février, devant les studios de Montpellier, Bordeaux, Lyon et d’Annecy. Les salariés franciliens grévistes se rassembleront ensuite à Saint-Mandé, devant le siège du groupe fondé en 1986 par cinq frères bretons et toujours dirigé par l’un d’entre eux, Yves Guillemot. En revanche, les syndicats n’ont pas communiqué sur les actions prévues dans d’autres entités à l’étranger.
L’action est coordonnée par la CGT, la CFE-CGC, Solidaires-Informatique, Printemps écologique et le Syndicat des travailleurs et travailleuses du jeu vidéo. Tous déplorent des décisions prises sans concertation réelle ainsi qu’une direction jugée sourde au dialogue
Fin du télétravail
Ubisoft compte aujourd’hui près de 17 000 salariés dans le monde. Ces dernières années, plus de 3 000 postes ont été supprimés. Le nouveau plan de réduction des coûts prévoit au moins 200 millions d’euros d’économie sur deux ans, en plus des 300 millions déjà réalisés depuis 2023.
L’éditeur tricolore a également fermé plusieurs studios à l’étranger, notamment à San Francisco, Osaka, Leamington (Royaume-Uni), Stockholm et Halifax (Canada) ces dernières années.

Yves Guillemot, cofondateur d’Ubisoft, lors d’une conférence de presse au siège de l’entreprise, à Saint-Mandé (Val-de-Marne), le 8 septembre 2022. SARAH MEYSSONNIER/REUTERSCes coupes s’inscrivent dans un vaste plan de transformation du modèle économique engagé ces dernières années par la direction après plusieurs exercices financiers décevants et une concurrence accrue dans le secteur.
En France, l’année 2024 avait déjà été marquée par des mouvements sociaux, dont l’un des points de crispation était la restriction du télétravail : après le lancement décevant de Star Wars Outlaws, en août, la direction avait imposé un retour au bureau trois jours par semaine en septembre, pénalisant les salariés en télétravail à 100 % installés loin de leur site.
En janvier 2026, la direction a durci sa position en imposant cinq jours de travail hebdomadaires sur site. Une décision vécue comme un passage en force dans ce secteur où la flexibilité est très répandue. « Un accord est en vigueur depuis septembre [2025] dans certains studios. Piétiné ! », résume l’appel à la grève de Solidaires-Informatique.
Les syndicats alertent aussi sur la déstabilisation des équipes en raison de réorganisations à répétition et les annulations de projet ainsi que le manque d’accompagnement des employés touchés par les plans de départ ou les fermetures de studio.
A la recherche d’un nouveau souffle
Malgré le pouvoir d’attraction de ses grandes licences, l’entreprise traverse une phase d’essoufflement. Depuis les années 2020, elle a enchaîné les déceptions. Ses adaptations de grandes franchises cinématographiques (Star Wars : Shadows ou Avatar : Frontiers of Pandora) n’ont pas rencontré le succès espéré, malgré des investissements massifs et des campagnes promotionnelles mondiales.
Même le dernier épisode de sa série phare, Assassin’s Creed : Shadows, n’a pas joué pleinement son rôle de locomotive, concurrencé par Ghost of Yotei, exclusivité de la PlayStation 5 au cadre historique et au scénario proches. La production d’Ubisoft Québec est aussi restée à l’écart des principaux prix récompensant les meilleurs jeux à la fin de l’année. A cela s’ajoute les échecs de Skull and Bones ou XDefiant, lancés sans parvenir à s’imposer. Résultat : son action a perdu 95 % de sa valeur depuis 2021.
Les perspectives sont désormais floues pour le groupe, dont la restructuration doit commencer dès avril. Aucun titre majeur n’a de date de sortie. En 2026, Ubisoft devrait certainement compter sur l’épisode annuel de son hit musical Just Dance. Mais on ne connaît ni la date de sortie du prochain Assassin’s Creed, connu sous le nom de code Hexe, ni même de l’arlésienne Beyond Good and Evil 2, dont l’annonce remonte à 2008.
Source : lemonde.fr