Vous utilisez l’IA pour gagner du temps ? Vous travaillez probablement plus qu’avant. Des chercheurs ont observé pendant huit mois comment les outils génératifs dilatent insidieusement la charge de travail, même sans pression managériale.

Les salariés qui adoptent l’IA travaillent plus vite, sur plus de tâches, pendant plus d’heures, souvent sans s’en rendre compte. Crédit : Stock-Asso
L’équation semblait pourtant limpide : automatiser les tâches répétitives pour libérer du temps consacré aux activités à forte valeur ajoutée. Sauf que dans les faits, cette promesse ne se réaliserait pas.
Des chercheurs ont observé pendant 8 mois une entreprise technologique américaine de 200 salariés qui avait mis à disposition de ses équipes des abonnements à des outils d’IA générative, sans en imposer l’usage. Résultat : les employés ont spontanément intensifié leur rythme de travail, élargi le périmètre de leurs missions et prolongé leurs journées au-delà des horaires habituels.
Trois mécanismes d’expansion silencieuse
Cette expansion n’a rien d’anodin. Elle se déploie selon trois dynamiques que les auteurs ont documentées au Harvard Business Review à travers une quarantaine d’entretiens approfondis et l’analyse des communications internes de l’entreprise.
D’abord, l’extension des responsabilités : des chefs de produit se mettent à coder, des chercheurs prennent en charge des tâches d’ingénierie, chacun s’aventure dans des domaines qui auraient auparavant nécessité l’intervention de collègues spécialisés.
Un phénomène que confirme une récente étude d’OpenAI portant sur un million d’entreprises : les messages liés à la programmation ont augmenté de 36 % dans les fonctions non techniques ces six derniers mois. L’IA comble les lacunes techniques, mais cette démocratisation apparente des compétences masque une réalité moins réjouissante : les ingénieurs, eux, se retrouvent à corriger et encadrer le travail assisté par IA de leurs collègues, une charge supplémentaire souvent invisible.

Petit bémol de l’étude : elle ne précise pas quels outils d’IA spécifiques ont été utilisés. Crédit : Ascannio
Ensuite, la porosité croissante entre temps professionnel et personnel. Parce qu’interagir avec un agent conversationnel ressemble davantage à une discussion qu’à l’exécution d’une tâche formelle, les salariés se mettent à “prompter” pendant la pause déjeuner, entre deux réunions, le soir avant de quitter le bureau… Ces micro-sessions de travail, qui ne ressemblent pas vraiment à du travail d’ailleurs, s’accumulent et grignotent progressivement les moments de récupération.
Quand l’accélération devient la norme
Troisième mécanisme : le sentiment trompeur d’avoir un “partenaire” qui permet de jongler avec plusieurs fils simultanément. Les salariés lancent plusieurs agents en parallèle, ressuscitent des projets mis de côté depuis longtemps, basculent constamment d’une tâche à l’autre. Cette cadence crée une charge cognitive considérable et installe une pression diffuse mais constante.
On pensait qu’être plus productif grâce à l’IA permettrait d’économiser du temps, de travailler moins. Mais en réalité, on ne travaille pas moins. On travaille autant, voire plus.
Un ingénieur interrogé dans le cadre de l’étude menée par des chercheurs sur l’intensification du travail par l’IA générative
Mais ce qui inquiète les chercheurs, c’est l’effet cumulatif de ces transformations. L’accélération de certaines tâches élève les attentes générales en matière de rapidité, ce qui renforce la dépendance aux outils d’IA. Et cette dépendance, à son tour, élargit le spectre de ce que chacun tente d’accomplir. Un ingénieur résume : “On pensait qu’être plus productif grâce à l’IA permettrait de travailler moins. Mais en réalité, on ne travaille pas moins. On travaille autant, voire plus.”
L’urgence d’une régulation organisationnelle
Les auteurs alertent sur les dangers de laisser cette expansion se faire sans garde-fous. Ce qui ressemble à un gain de productivité à court terme peut dissimuler une surcharge silencieuse et une fatigue cognitive croissante. À terme, cela compromet la qualité des décisions, favorise l’épuisement professionnel et dégrade la performance réelle, expliquent-ils.
Une inquiétude qui trouve écho chez certains acteurs de l’industrie : Mrinank Sharma, ancien responsable de la sécurité chez Anthropic, vient de démissionner, en dénonçant la difficulté à “laisser véritablement nos valeurs gouverner nos actes” face aux pressions commerciales.

Claude et d’autres assistants IA promettent de libérer du temps. Encore faut-il que les organisations structurent leur adoption. Crédit : Shuttershock
Pour contrer ces dérives, ils proposent l’instauration d’une “AI practice”, c’est-à-dire un ensemble de normes et de routines qui structurent l’usage de ces technologies. Concrètement : prévoir des pauses délibérées pour évaluer l’alignement stratégique avant de finaliser une décision, séquencer le travail en phases cohérentes plutôt que de réagir à chaque notification générée par une IA, et protéger des temps d’échange humain pour éviter l’isolement cognitif.
Entre euphorie technologique et réalité du terrain
Reste une limite méthodologique importante : cette recherche, encore en cours, repose sur l’observation d’une seule entreprise technologique. Les conclusions demeurent donc exploratoires et mériteraient d’être confrontées à d’autres contextes organisationnels. On ne sait d’ailleurs pas non plus si les employés utilisaient ChatGPT, Claude, Copilot, Gemini, ou un mix de plusieurs de ces outils.
Mais elles dessinent déjà une trajectoire préoccupante : sans intervention intentionnelle, l’IA ne contracte pas le travail, elle le dilate. Un constat qui entre frontalement en collision avec les prophéties d’Elon Musk, qui annonce un monde où travailler deviendra optionnel d’ici 2045.
Source : lesnumeriques.com
Ils ne rencontrent pas des erreurs, ils les apprivoisent. Ce sont les combattants des fenêtres pop-up et des crashs système. La BDR, ils la lisent au p'tit dèj !
, ça fait moyen sérieux quand même. Je savais pas que tu étais streamer! 






