Même si l’article parle essentiellement de la situation en Suisse, peu de pays vont être épargnés par le problème.
L’intelligence artificielle et les tensions géopolitiques accélèrent la construction de centres de données en Suisse. La demande en infrastructures augmente au point qu’elle pourrait mettre à rude épreuve l’approvisionnement en eau du pays.
L’expansion rapide des centres de données pourrait mettre l’abondance en eau de la Suisse à rude épreuve. Aujourd’hui, on compte environ 120 centres de données sur le territoire du “château d’eau de l’Europe”. Une vingtaine d’autres sont en cours de construction. La Suisse est ainsi l’un des pays du monde ayant la plus forte densité de centres de données par habitant.
L’adoption croissante de l’intelligence artificielle (IA) accélère encore ce développement. Les serveurs haute performance utilisés pour l’IA consomment plus d’énergie et génèrent plus de chaleur. Cela accroît le besoin de systèmes de refroidissement intensifs, dont beaucoup ont besoin d’eau.
“De plus en plus d’entreprises – et de particuliers – utilisent l’IA. La demande en refroidissement ne fera donc qu’augmenter à mesure que les systèmes d’IA deviendront de plus en plus complexes”, explique à Swissinfo David Atienza Alonso, professeur à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et expert en architectures informatiques pour l’IA.

La façade d’un centre de données à Winterthur est équipée de panneaux solaires. Mais malgré ces améliorations, ces infrastructures continuent d’avoir un impact croissant sur la consommation d’eau et d’énergie
Pressions géopolitiques
La géopolitique pourrait encore amplifier cette dynamique. L’émergence des centres de données comme cibles potentielles dans les conflits armés, ainsi que l’intensification de la course mondiale à la domination en matière d’IA, poussent de nombreux pays à développer leurs infrastructures numériques sur leur propre territoire. La Suisse n’échappe pas à cette tendance, ayant placé la souveraineté au cœur de sa stratégie numérique.
“Tout le monde souhaite exercer un plus grand contrôle sur les données et leur lieu de stockage, ce qui nécessite des infrastructures locales”, poursuit David Atienza Alonso. “Mais cela implique la construction d’un nombre croissant de centres de données, avec un impact grandissant sur la consommation d’eau et d’énergie.”
Nous pourrions atteindre un point où l’approvisionnement en électricité et en eau deviendra difficile à assurer dans certaines régions
La consommation d’eau “invisible” des centres de données
Bien que l’eau soit essentielle au fonctionnement des centres de données, peu de chiffres officiels existent sur la consommation réelle du secteur.
À l’échelle mondiale, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime la consommation actuelle à quelque 560 milliards de litres par an. Elle table sur 1200 milliards d’ici à 2030, soit un volume comparable à la consommation annuelle d’environ dix millions de foyers.

La majeure partie de cette eau est utilisée pour refroidir les centres de données et pour produire l’électricité qui les alimente.
La situation en Suisse
En Suisse, aucune loi n’oblige les exploitants de centres de données à divulguer leur consommation d’eau. Selon les estimations de David Atienza Alonso, ces infrastructures représentent déjà environ 1% de la consommation nationale d’eau douce.
Les installations de petite et moyenne dimension sont généralement plus efficaces, grâce aux nouvelles technologies. Mais, même avec les progrès en matière de refroidissement, il reste les grandes installations, qui continueront, elles, d’exiger des volumes d’eau très importants et devront donc être construites à proximité de rivières ou de lacs, indique David Atienza Alonso.
Les centres de données dits “hyperscale” – d’une puissance supérieure à 20 mégawatts et alimentant les services cloud et d’IA – peuvent consommer plus d’un milliard de litres d’eau par an, soit l’équivalent d’une ville de 10’000 à 50’000 habitants.
Les pics de demande, le véritable défi
Les centres de données ont de surcroît des besoins variables en fonction des conditions extérieures. “Lors des périodes de pointe, la demande en eau peut augmenter de manière spectaculaire”, indique Shaolei Ren, professeur de génie électrique et informatique à l’Université de Californie à Riverside.
Une récente étude cosignée par le chercheur montre que, pendant les mois d’été, la consommation d’eau des centres de données peut tripler par rapport à la moyenne annuelle, avec des pics quotidiens pouvant atteindre jusqu’à dix fois cette moyenne.
Dans des pays alpins comme la Suisse, ces variations peuvent être encore plus marquées, avec des niveaux pouvant atteindre 30 fois la moyenne annuelle, selon Shaolei Ren. Une telle intensité risque de mettre sous pression les infrastructures et de créer des tensions avec d’autres usagers locaux, notamment l’agriculture et les ménages.

Cheminées d’échappement des générateurs diesel de secours du centre de données ZUR2 de Digital Realty, à Opfikon-Glattbrugg (ZH). Ce centre de données provient à 100% de l’énergie hydraulique
Source: https://www.rts.ch/info/environnement/2026/article/les-centres-de-donnees-menacent-les-ressources-en-eau-de-la-suisse-29233570.html