Comment la puce d’un vieux Samsung Galaxy S5 sauve la mission martienne Perseverance
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La NASA vient de réaliser un coup de génie logiciel sur Mars : transformer un processeur de smartphone vieux de douze ans en un véritable système de positionnement par satellite, ou plutôt par image, pour le rover Perseverance.
Jusqu’ici, le rover naviguait « à l’estime ». Il comptait les tours de roues pour savoir où il se trouvait. Mais sur le sol traître du cratère Jezero, les roues patinent.
Le rover pensait avoir avancé de dix mètres alors qu’il n’en a fait que huit. Quand l’erreur devenait trop grande, la machine s’arrêtait net et attendait sagement que les ingénieurs sur Terre vérifient sa position. Avec le délai de communication, on perdait souvent une journée entière de mission.

Désormais, grâce au système Mars Global Localization (MGL), Perseverance peut se repérer seul en deux minutes seulement. Il prend une photo de son environnement et la compare instantanément aux cartes haute définition de la sonde MRO qui orbite autour de la planète rouge. C’est l’équivalent d’un GPS ultra-précis, capable de situer l’engin à 25 centimètres près.
Le Snapdragon 801 à la rescousse
Le plus fascinant, c’est le matériel utilisé pour cette fonction. Les ingénieurs n’ont pas ajouté de nouvelle pièce, impossible à cette distance. Ils ont réutilisé la station de base de l’hélicoptère Ingenuity, aujourd’hui cloué au sol après ses 72 vols épiques.
À l’intérieur de cette borne de communication se cache un processeur Qualcomm Snapdragon 801. Si ce nom vous dit quelque chose, c’est normal : c’est la puce qui animait le Samsung Galaxy S5 ou le Sony Xperia Z3 en 2014.
Pourquoi utiliser ce vieux processeur plutôt que l’ordinateur central du rover ? Parce que le cerveau principal de Perseverance, un RAD750, est conçu pour résister aux radiations, pas pour la vitesse. Le Snapdragon est environ 100 fois plus rapide pour traiter les calculs complexes d’analyse d’images. C’est la différence entre un vieux serveur robuste mais poussif et un smartphone agile capable de « voir » le relief en temps réel.
Pourtant, tout n’était pas gagné d’avance. Les ingénieurs ont découvert qu’environ 25 bits de la mémoire vive (RAM) de la station de base étaient endommagés par les radiations martiennes. Plutôt que d’abandonner, ils ont modifié le code pour isoler ces zones défaillantes. Cela fonctionne parfaitement sous Linux, ce qui permet à l’algorithme de tourner sans plantage malgré les cicatrices matérielles du temps.
Canigou à des puces
